Philippe Bosser a organisé une rencontre avec deux commerciaux – l’un responsable du surgelé, l’autre de l’épicerie – du groupe Pomona spécialisé dans la distribution de produits alimentaires, notamment auprès des restaurants scolaires.
On avoue tout !

Les gens nous disaient souvent : « Ouh ! Vous auriez dû venir en été, ça n’a rien à voir, surtout pendant le Festival Mondial Folk, c’est très animé. » En repérage au mois d’octobre, Plozevet (3000 habitants / 5000 en juillet et août) nous a présenté son visage automnal. Le soir de notre arrivée, attablées dans l’unique restaurant ouvert un lundi, l’Efes Kebab, (et oui, il n’y a pas qu’une crêperie à Plozevet !) on échangeait nos premières impressions : les rues vidées, les résidences secondaires aux volets fermés, les lotissements retranchés, les commerces aux grilles baissées. Maintenant, on peut l’avouer : on s’est vraiment demandé ce qu’on allait bien pouvoir vous raconter ! Mais en sortant du restaurant, on a croisé la chorale Awen et l’inspiration est venue. Alimentée chaque jour par nos rencontres avec les habitants.

Autre confession : A défaut d’être objectif, le journaliste se doit d’être honnête. Alors, voilà, nous avons délibérément mis de côté l’aspect « cité dortoir » de Plozevet : de plus en plus de jeunes couples viennent s’installer avec leurs enfants sur la commune, tout en continuant de travailler à Quimper ou dans ses environs, attirés par le tiercé gagnant « maison-jardin-calme ». De même, nous n’avons pas approfondi l’aspect « cité industrielle » : deux usines sont implantées sur la commune, l’une, Capitaine Cook, spécialisée dans la conserverie de poissons, l’autre, Foubert Papiers Plastique, fabriquant d’emballages. Impossible d’être objectif, donc, mais aussi exhaustif. Décidément, le journaliste est bourré de défauts !

Qui va à la chasse…

La pêche. La nature. Il ne manquait plus qu’à notre tableau de chasse… la chasse ! Un dimanche soir, invitées par Joël Ansquer, le pêcheur de goémon, nous nous retrouvons à la salle communale. Là même où avait été organisé l’atelier crêpes. A la place de pâtes sucrées, nous attendent des… pattes de lièvres. Une quinzaine de chasseurs en tenue de camouflage, bottes kaki, casquettes vissées sur leurs cheveux coupés ras, se retrouvent pour la pesée.


Sept bêtes gisent sur les tables recouvertes de papiers journaux qui boivent peu à peu le sang qui s’en écoule. Sept bêtes qu’ils ont traquées toute la journée au bout de leur fusil, encadrés par une réglementation drastique que Michel Raphalen, président de la chasse plozévetienne, nous explique tout en poussant son coup de gueule : « On doit obtenir un permis de chasse, le faire valider tous les ans auprès de la fédération, respecter les dates d’ouverture et de fermeture (cette année : du 26 septembre 2010 au 28 février 2011) ainsi que le nombre de bêtes auxquelles on a droit (comme aujourd’hui, 8 lièvres, pas un de plus), marquer le gibier avec des bracelets qui coûtent cher… Ah ! On nous tire dessus de partout. Le chasseur est une espèce en voie de disparition. La faute aux écologistes, alors que nous sommes certainement plus écolos qu’eux. Prenez le biotop actuel : il est si perturbé que les chasseurs doivent intervenir. Par exemple, si on ne tue pas les renards, ils vont manger le gibier. Et si on ne tue pas les lapins, ils vont manger les cultures. »
Mais revenons à nos lièvres. Chaque pesée (entre 3,5 et 4,1 kilos) déclenche des coups de menton d’approbation : « C’est des pièces, hein ? » « C’est des morceaux, hein ? » Après avoir tâté la patte pour estimer l’âge et farfouillé sous les poils pour déterminer le sexe, les chasseurs sortent dehors couper la patte avant de chacun de leur lièvre sur une planche en bois afin de l’envoyer pour analyse. Puis retournent dans la salle pour trinquer à (petits) coups de bière. Et d’Orangina pour Michel Raphalen : « Quand j’ai été nommé président, j’ai supprimé la voiture-balai qui servait un peu trop de bistrot ambulant ! » Tout en discutant recettes : « Je vais cuisiner mon lièvre en civet avec des champignons » prévoit ainsi Joël. Avant de rentrer chacun chez soi, les chasseurs prennent soin de trier leurs déchets : les bouteilles de bière dans la poubelle à verre. Ecologiques oui ! Alcooliques non !
« Pour le développement. Contre le démantèlement »

« On s’est croisé, on s’est recroisé. On s’est perdu de vue. On s’est r’perdu de vue… » Pas facile, entre les fermetures pour cause de grève ou de manif’ contre la réforme du régime des retraites et nos rendez-vous à rentrer au chausse-pieds dans notre agenda, de rencontrer « La Poste ». Quand finalement on y parvient, c’est juste avant de prendre le car pour Quimper. Interview express !
- « Bonjour, nous voulions savoir si la Poste de Plozevet était menacée de… » On a à peine le temps de finir notre question que Ronan Sinquin, responsable de ce bureau, embraye :
- « Oui. Comme tous les petits bureaux de Poste, le nôtre est menacé de fermeture. Déjà, en 2000, ils avaient voulu réduire nos horaires d’ouverture. 150 habitants de Plozevet avaient manifesté. Le personnel avait fait grève pendant quatre jours. Du coup, ils avaient renoncé. Mais en 2006, rebelote. Et là, malgré nos quatre jours de grève, ils ont supprimé un emploi : celui du receveur. Avant cette « étape de restructuration » comme ils disent si bien, nous étions deux titulaires à part entière. Désormais, je suis seul avec plusieurs casquettes : responsable de bureau de proximité mais en plus guichetier, animateur, chargé du courrier et on m’a même demandé de faire le ménage ! Heureusement, des conseillers financiers interviennent sur rendez-vous pour les clients. Mais ce n’est pas fini : pour 2010, ils ont une nouvelle mouture. Celle de fermer le bureau de Poste le lundi matin. Alors que le lundi, c’est le jour où j’ai le plus de monde. Nous sommes ouverts du lundi au vendredi, six heures par jour, et le samedi, trois heures. On me demande du chiffre, mais ce n’est pas en fermant qu’on va en faire. Nous sommes pour le développement. Pas pour le démantèlement. »

Sauvons les cafés
Selon le recensement d’Edgar Morin (Cf. : Commune en France. La métamorphose de Plodémet) : « En 1930, il y avait 80 débits de boisson. En 1962, 33. » Aujourd’hui, il ne reste plus que 4 cafés à Plozevet : Le café des sports. La Pointe du Rade. Le Pouldu. Et Le Vaisseau.
Pour sauver les cafés, signez la pétition : http://www.sauvonslescafes.com/

Les deux visages de l’agriculture bretonne
Tous les deux sont éleveurs de porcs. Mais l’un pratique l’agriculture biologique. L’autre, l’agriculture conventionnelle. Rencontre avec deux visages de la Bretagne agricole.

Les débuts :
Henri Peuziat : « J’ai repris la ferme de mon oncle en 1973. A l’époque, je faisais du semi-industriel. J’avais 50 truies et une douzaine de vaches allaitantes. Après la grande sécheresse de 1976, j’ai vendu mes vaches. En 1984, j’ai commencé à faire de la vente directe. Je conditionne tout sur place : saucisson, rillettes, pâté, lard, etc. Ma reconversion au cochon bio date de 1995. »
Thierry Sclaminec, : « Mon père a créé cette exploitation dans les années 1960 avec un oncle. Ils avaient des porcs, des vaches, des lapins, des veaux. J’ai travaillé avec eux. Puis, j’ai repris la part de mon père en 1989. Je l’ai fait par choix. C’était même pratiquement une vocation. J’ai fait un BEP agricole à Quimper. Ma soeur ne voulait pas reprendre l’exploitation familiale. Alors comme la porte était ouverte, je me suis installé et je suis resté ! Cela s’est fait naturellement. Mon oncle, lui, est parti en 1996. »

Le cheminement :
Henri Peuziat : « J’ai une certaine fibre écologique qui date de la fin des années 1970 quand j’avais milité contre le projet d’installation d’une centrale nucléaire à Plogoff. J’ai aussi été militant syndicaliste. J’avais choisi la Confédération nationale des syndicats de travailleurs paysans pour son ouverture d’esprit (aujourd’hui Confédération paysanne). Puis, je me suis rapproché du Groupement d’agriculteurs biologiques du Finistère situé à Daoulas. Au milieu des années 1990, ce n’était pas encore dans les mentalités de faire du bio. On poussait toujours les paysans à travailler comme des industriels. D’ailleurs, c’est ce qu’ils sont devenus dans leur grande majorité. Avec toutes les dérives qu’on a constatées : les veaux aux hormones des années 1980 ou la vache folle des années 1990. Nous, dans ces années-là, on réclamait déjà que les produits agricoles sortent du marché. On condamnait le fait que l’on spécule sur des denrées alimentaires. On demandait la fermeture de la Bourse de Chicago. En vain… »
Thierry Sclaminec : « Depuis 1996… Et bien, ça continue sauf qu’on ne fait plus que du porc. Avec un associé, on a monté un Gaec (Groupement agricole d’exploitation en commun). Je fais partie des irréductibles à Plozevet : Il y aurait entre 18 et 20 exploitations agricoles conventionnelles comme la nôtre sur la commune. Rien à voir avec autrefois où on comptait plus de 350 petites exploitations polyculturales. Aujourd’hui, on trouve essentiellement de la production animale. Et surtout de l’élevage laitier. Autrement, il y a quatre élevage de poulets dont un mixte qui produit du lait en plus. Et deux élevages de porcs. Toutes les exploitations ont de la culture. Dans la grande majorité, ils cultivent du maïs pour nourrir leurs bêtes. Mais on trouve aussi un peu de blé, d’orge et de colza. La moyenne c’est 45 hectares. Mon exploitation en fait 92. »
L’écologie :
Henri Peuziat : « Quand j’ai commencé comme agriculteur, j’utilisais déjà peu de pesticides et d’engrais chimiques. Mais j’en utilisais quand même ! Nos cochons étaient couchés sur de la paille. Mais ils étaient dans des cages. C’était une maternité de 50 truies naisseurs. Ce qui a changé depuis que je suis passé au bio, c’est que j’achète désormais chaque année 70 cochons de six semaines pour les engraisser. Je les répartis par sept-huit dans des boxes de 25 m2 chacun. Le sol est recouvert de 40 centimètres de paille. Surtout, je leur donne de la nourriture sans aucun pesticide, ni engrais et bien sûr sans OGM. La recette ? De l’orge, de l’avoine, des petits pois, des féveroles et du blé que l’on fait pousser sur nos terres. On a 25 hectares. On ajoute des complémentaires (de la luzerne, du trèfle et un peu de maïs) qu’on achète pour enrichir la nourriture en protéines à raison de 10 à 15% par ration. Cette nourriture donne à la charcuterie un goût d’autrefois. C’est ce qui a dû plaire au Leclerc de Pont L’Abbé ! Ils veulent ouvrir un marché de produits locaux biologiques et m’ont proposé d’y commercialiser mes produits. Pfff ! Ils vont nous pousser à faire comme dans le conventionnel : de la productivité. Et vont nous payer une misère. Moi, dans un « Leclerc bio » ? Pas question. »

Le fils d’Henri, Alexandre Peuziat, 22 ans, s’apprête à reprendre en 2013 l’exploitation familiale, une fois ses parents à la retraite. Il vient de terminer ses études au lycée agricole Bréhoulou à Fouesnant : BEP, Bac Pro, puis BTS : « J’ai toujours été en minorité ! Dans toutes mes promos, il n’y avait qu’un fils d’agriculteur bio. Les fils d’agriculteurs conventionnels, les premières années, nous traitaient de « doux rêveurs. » Ils nous reprochaient de « semer des mauvaises herbes. » Et nous balançaient : « C’est pas avec le bio qu’on va nourrir toute la planète. » Mais bon, les mentalités évoluent, ils sont beaucoup plus ouverts maintenant. Petit à petit, les agriculteurs conventionnels sont obligés de se conformer aux nouvelles normes plus respectueuses de l’environnement. Mais cela ne se traduit pas encore dans les programmes. Les manuels mettent toujours l’accent sur la productivité comme si rien n’avait changé depuis l’après-guerre. On nous apprend toujours à utiliser des produits chimiques, des désherbants. C’est à nous de faire le lien avec les dégâts sur l’environnement. »

Thierry Sclaminec : « On fait une production classique : en hors sol dans des cases dans un bâtiment fermé. On a 800 porcs dont 110 truies. Elles ne chôment jamais ! Ce n’est pas industriel parce que la moyenne dans le Finistère s’élève à 250 truies. Le problème c’est que depuis trois, quatre ans, le prix du porc est des plus bas. Encore, ici, on peut temporiser, on produit tout sur place. On les nourrit au maïs que l’on cultive donc nous-mêmes. On ajoute un peu de blé et du minéral (calcium et phosphore pour la croissance). Au bout de six mois d’engraissement, on les vend à une coopérative basée dans les Côtes d’Armor. D’ici à 2013, on va devoir se mettre aux normes européennes. Les bêtes auront alors un espace de mouvement plus important. Le problème c’est que ça a un coût tout ça. Et puis je trouve qu’on se préoccupe un peu trop du bien être de l’animal et pas assez de celui de l’éleveur. S’ils poussent bien, c’est qu’ils sont bien : Ils ont chaud. Ils ont à manger tout le temps. Et s’ils se blessent, on les soigne. L’agriculture biologique, c’est une complémentarité. Comme il y a une demande, il faut bien y répondre. Mais nous aussi on fait attention : on ne cherche plus à détruire les mauvaises herbes comme avant. On apporte à la plante ce dont elle a besoin, pas plus. On réduit les épandages de lisier. On fait des efforts maintenant qu’on sait. C’est normal qu’on rende des comptes à la société. On ne peut plus tout faire comme nos parents. Mais, quand même, on est de plus en plus contrôlé. C’est beaucoup de contraintes maintenant avec toutes ces mises aux normes. On pollue, oui, mais comme tout le monde, pas plus. On se focalise sur les algues vertes en accusant les élevages de porc hors sol et c’est important de régler le problème. Comme avec les nitrates. Mais tout le monde a sa part de responsabilité. »

