Arrêt du bibliobus à la Feuillane, par Monique Gérard

10 juin 1973, 3 000 personnes sont là pour la pose de la première pierre de la bergerie de la Blaquière sur le Larzac hors de toute autorisation officielle.

25-26 août 1973, 80 000 personnes se rassemblent au Raja del Gorp, le cirque naturel dolomite au nord-ouest de la Cavalerie.

17-18 août 1974, 100 000 personnes pour la Moisson du Tiers monde sur le Causse du Larzac.

Le 6 juin 1975 paraît le premier numéro du journal Gardarem lo Larzac.

« Terre du Larzac ouverte aux quatre vents de la révolte comme les ailes d’un moulin. »

Et pendant ce temps, l’implantation du complexe industriel de Fos-sur-Mer se préparait, il y avait bien quelques utopistes venus en toute illégalité bomber à la peinture la nuit leur désapprobation sur les murs vierges des premières constructions, la lutte se faisait occitane.

1979, le complexe sidérurgique est bien là : nous baignons dans l’aménagement du territoire, les flux, les réseaux, les pôles, redéploiements industriels, la zone d’activité portuaire, effets des mutations économiques et sociales sur les paysages ruraux, urbains, agricoles, industriels, tertiaires.

Les logiques nationales deviennent européennes et mondiales.

Et la Bibliothèque Centrale de prêt, devenue plus tard Bibliothèque Départementale de Prêt dans ses missions de lecture publique et d’éducation populaire, déploie son parc de bibliobus sur le territoire en mutation, quartiers de La Jonquière et des Carabins au village de Fos-sur-mer, self 1 et 2 des usines Solmer, self d’Ugine acier, camping-caravaning de la Feuillane… Et nous nous installons pour l’après-midi, dans le cœur du petit village reconstitué sous les feuillages d’une végétation à croissance rapide, il fait bon et cela fait du bien parce que quatre arbustes délimitent une place, les caravanes sont regroupées en quartiers avec des ruelles et des cours très coquettes, les enfants et leurs parents affluent joyeux vers le bibliobus. Ce campement avec des airs de village champêtre est édifiant dans le vertige de ce nouveau monde.

Share

Gueule d’Hexagone, sur les traces de Jacques Windenberger à Fos-sur-Mer

Rendez-vous vendredi 10 juin à la médiathèque de Fos-sur-Mer, à partir de 18h00.

Share

La charrue avant les boeufs, par Anne-Marie Gallimard-Jimenez

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

J’ai toujours rêvé d’être « instit », nous n’étions pas professeur des écoles à ce moment-là…

Remplacements à durée variable, postes à mi-temps, le matin à Marignane, l’après-midi à Berre, c’était le lot des instituteurs remplaçants.

Aussi, lorsqu’en janvier 1972 arrive ma nomination sur un poste à l’année, traduire la même classe jusqu’à la fin de l’année, j’exultais, j’allais enfin avoir ma classe à moi, un CP, 25 à 30 bambins chez lesquels j’allais voir naître le goût de la lecture.

Oui d’accord, j’habitais Marignane et le poste était à Fos, à la Jonquière, et à ce moment-là, pas d’autoroute, le viaduc de Martigues était tout juste fini.

J’arrive donc le matin à 8 heures ; être là avant eux, préparer un peu pour les accueillir…

Et les surprises commencent là : en fait d’école il y avait de nombreux préfabriqués, certains regroupés dans une cour cernée de grillage (c’était l’école de la Jonquière), et deux autres en dehors un peu en retrait.

Bien sûr ma classe était dans le préfabriqué situé à l’écart… Il était vide, entendez par là, pas de tables ni chaises, le mobilier n’était pas arrivé ! Mais les enfants arrivent, eux. Ils viennent, en car, du camping de la Feuillanne, où il y avait une école trop petite pour nous accueillir, dont nous dépendions pourtant. Et les enfants sont au nombre de… 50 ! Deux classes avaient été créées mais l’autre « instit » n’a pas eu sa nomination à temps. Elle est arrivée dans l’après-midi.

Autre détail, les préfabriqués étaient entourés du chantier de construction de l’actuelle école de la Jonquière, les grues tournaient au-dessus de nos têtes, et nous chantions, lisions, entourés des bruits divers et variés.

Cette matinée-là, j’ai donc eu à ma charge 50 enfants dans une salle sans bureau ni tableau ni chaises. Nous n’avons pas lu, ni écrit, mais chanté, joué, dit des comptines, et ce jusqu’à 11 heures 30, heure où un car est revenu chercher les bambins de 6 à 7 ans pour aller manger à l’école de la Feuillanne.

Et je me revois levant chaque enfant pour qui la marche du car arrivait à la hauteur de leur poitrine.

Certes ce ne sont pas là des situations de travail idéales… Les conditions de vie pour ces enfants et leur familles étaient catastrophiques. Beaucoup de personnes sont venues pour ce rêve fosséen mais rien n’était prêt pour les recevoir, un peu comme si on avait mis la charrue avant les boeufs.

Share

Chemin faisant, par Geneviève Arnaud

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Deux textes de Geneviève Arnaud accompagnent sa sélection de photographies, prises le 14 mai lors de notre passage dans la zone industrielle de Fos. Deux textes étonnants, bienvenus, rafraîchissants.

Le train

Dans les années 80, les enseignants de Port St Louis emmenèrent leurs élèves en voyage, les plus jeunes à Marineland, les plus âgés à Monaco.

Un train entier est affrété pour cette escapade, et voici que la gare de voyageurs endormie depuis très, très longtemps, s’égaye de rires, de cris, de murmures…

Bien casée, toute la jeunesse de Port St Louis se met en route. Le train quitte la ville sous l’œil attendri des parents et traverse ce qui reste de marais et de terres vierges.

Tout à coup, après une accélération, le train s’arrête dans le « désert ».

Stupeur !

Un peu plus tard le train redémarre. Nous apprendrons par la suite que la ligne électrique est interrompue au passage d’une route pour laisser passer les camions élevés ; la perche se désolidarise de la ligne et un employé doit la replacer après le passage de la route !

Le voyage se déroula sans encombres.

Au retour, après l’arrêt à la route des containers, le train stoppe à nouveau à l’entrée de Port St Louis. Cette halte dura assez longtemps, d’autant que nous avions hâte d’arriver.

Quels ne furent pas notre stupeur et notre amusement d’apprendre que les parents, peu habitués à voir du trafic sur les rails, avaient envahi les voies pour attendre leurs chérubins, d’où l’impossibilité au conducteur d’entrer en gare !

…………….


Chemin faisant… avant les industries.

En ce temps là, je faisais quotidiennement le trajet Fos -Port St Louis en voiture.

Chaque matin, c’était un nouveau paysage entre mer et terre, qui m’émerveillait.

Quand le vent soufflait du sud, les embruns tachaient mon pare-brise, et quand il venait du nord, la route se couvrait de monticules de sable et les nuages de poussière réduisaient considérablement la visibilité.

Ce n’était pas Lawrence d’Arabie, quoique…

Les rares voitures qui empruntaient cette route tombaient parfois en panne, victimes d’un grain de sable, au milieu de la tempête.

Par temps clair, on longeait le golfe de Fos où de la mer changeante sautait quelque muge. Côté terre, alternaient marais, sable et roubines ; les flamants et autres échassiers s’y retrouvaient pour nicher ou pour quelque halte paisible.

Un jour, la route fut interdite et déviée bien plus loin dans les terres pour laisser la mer pénétrer dans les darses toutes neuves.

La nouvelle route longeait des terres désertes, aussi quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsqu’un matin j’aperçus au milieu de nulle part, sur le bas côté, un homme avec un arrosoir, seul, perdu dans l’immensité : non loin, arrêté sur la chaussée, stationnait un camion-citerne, l’homme arrosait les petits arbres plantés depuis peu et qui semblent aujourd’hui avoir toujours fait partie du paysage.

À l’horizon surgit la « clé à molette », tour de contrôle du port et premier signe de l’industrialisation du site. Bientôt elle disparut du regard, masquée par les usines, bâtiments et autres reliefs artificiels – et naquit le port de Fos.

Cette route est maintenant fréquentée par de gros camions qui transportent des containers, et le désert est peu à peu occupé par d’immenses hangars… Mais malgré cela, on peut encore apercevoir un héron cendré ou une aigrette…

Share

Distances

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Une série collective d’images prises le 14 mai, comme pour mieux approcher la diversité de l’immensité, des immensités de Fos-sur-Mer.

Share

À partir de Fos, par Elise Crispu

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Sélection de photographies prises par Elise Crispu lors de notre sortie du 14 mai dernier.

Notre parcours nous a conduits, sous l’égide de Louis Barnès, notre infatigable guide tout au long du projet Gueule d’Hexagone à Fos-sur-Mer, du Mas de Tenque où l’on peut apercevoir de loin des taureaux de combat (dans les costières, sur la route d’Arles à quelques kilomètres du rond-point de la Fossette) jusqu’au bord de la darse n°1, en passant par l’incinérateur de Fos et le site de Distriport, situé sur le territoire de Port-Saint-Louis-du-Rhône.

.

À partir de Fos-sur-Mer, jusqu’à Arles, il y a La Crau, zone plate et caillouteuse. Vers les années 60 le paysage s’est peu à peu transformé avec l’implantation de la sidérurgie et la zone s’est appelée à l’époque « LE COMPLEXE DE FOS ».

Depuis, beaucoup d’usines et d’entreprises diverses se sont installées.

Il y a encore des MAS, avec quelques élevages de taureaux et de chevaux.

La faune et la flore subsistent, mais pour combien de temps encore

Elise CRISPU

Share