Je note mes impressions pour ne pas les oublier. Pour me remémorer leur évolution.
Au fil des jours, je le sais, je vais m’habituer à ce qui me semble aujourd’hui saillant, étonnant, étrange. Je serai peut-être moins naïf, plus nuancé, mais je vais oublier que j’ai été perdu et surpris. Pincé. Je vais rentrer dans la normalité, l’habitude et le détail. Moins, évidemment, que les Fosséens mais suffisamment pour perdre la singularité du paysage.
Ce matin j’ai donc noté :
Que le ciel bleu et limpide rendait soudain visible les nuages de fumées noires échappés des usines. Desquelles ? Ce n’est que le troisième jour, je n’ai pas encore appris à les nommer. Elles forment un ensemble peu distinct, comme une chaîne de montagnes dont on mélange encore les pics, des cols et les vallées.
Que la lumière lavée par la grande eau d’hier, aiguisée par le refroidissement de l’air, légèrement roussie par l’automne avait rapproché l’ensemble du dispositif encerclant la ville : le siège des tankers dans le golfe, les campements de citernes et de cheminées, l’encerclement sonore des camions, le survol des avions de chasse et de ravitaillement.
Qu’une odeur piquante d’hydrocarbure rôdait à proximité des remparts.
Que la ville avec son gazon net, ses arbres bien coiffés, ses rues propres, désertes, son horizontalité paisible semblait curieusement indifférente au titanesque encerclement dont elle était l’objet.
A suivre ?


