C’est noté

Je note mes impressions pour ne pas les oublier. Pour me remémorer leur évolution.

Au fil des jours, je le sais, je vais m’habituer à ce qui me semble aujourd’hui saillant, étonnant, étrange. Je serai peut-être moins naïf, plus nuancé, mais je vais oublier que j’ai été perdu et surpris. Pincé. Je vais rentrer dans la normalité, l’habitude et le détail. Moins, évidemment, que les Fosséens mais suffisamment pour perdre la singularité du paysage.

Ce matin j’ai donc noté :

Que le ciel bleu et limpide rendait soudain visible les nuages de fumées noires échappés des usines. Desquelles ? Ce n’est que le troisième jour, je n’ai pas encore appris à les nommer. Elles forment un ensemble peu distinct, comme une chaîne de montagnes dont on mélange encore les pics, des cols et les vallées.

Que la lumière lavée par la grande eau d’hier, aiguisée par le refroidissement de l’air, légèrement roussie par l’automne avait rapproché l’ensemble du dispositif encerclant la ville : le siège des tankers dans le golfe, les campements de citernes et de cheminées, l’encerclement sonore des camions, le survol des avions de chasse et de ravitaillement.

Qu’une odeur piquante d’hydrocarbure rôdait à proximité des remparts.

Que la ville avec son gazon net, ses arbres bien coiffés, ses rues propres, désertes, son horizontalité paisible semblait curieusement indifférente au titanesque encerclement dont elle était l’objet.

A suivre ?

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Déboussolés (2)

Fin de la tempête. La pluie cesse, les nuages se défont. On va pouvoir se repérer aux étoiles. Les premières sont mobiles et clignotantes. Elles vont et viennent, vers et depuis l’aéroport de Marignane. Une première constellation stable apparaît. Ça tombe bien, c’est la grande ourse. Je ne l’aurais pas mise là. Mais alors pas du tout. Il faudra regarder la carte. Zoomer et dézoomer. On le fait ensemble ?


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Déboussolés

Il pleut.

Sans doute ne pleut-il pas souvent à Fos-sur-Mer, mais quand il pleut, il pleut vraiment.

Comme à Berck ou à Brest.

Et ce vent puissant, soufflant d’est, pas le Mistral donc, achève de brouiller les repères.

Le pot de fer contre le pot de terre.

Dans ces conditions, s’orienter dans l’espace hybride qui se découvre à nous n’est pas une mince affaire. Les usines, les marais, les ronds-points, les hauts pylônes électriques, les pins, les amas de maisons roses à toits tuilés, encore les ronds-points, les canaux, les routes et même la mer – la mer qu’on était sûr de pouvoir situer sur la carte – tout cela s’embrouille, se défait, se dilue.

Comment sortir de ce flou quasi vertigineux ? Perchée sur un gros rocher d’ocre épargné par l’érosion, la citadelle médiévale de l’Hauture, nous suggère de prendre un peu d’altitude.

Du haut de ses parapets, le puzzle humide se remet en ordre, le paysage retrouve de sa netteté. Au sud-ouest : l’immense complexe industriel et portuaire construit entre les années soixante et soixante-dix, une frange de végétation rase puis, toute en longueur : la ville. Au sud-est de la citadelle, le village ancien, et au nord-ouest, les extensions successives de la ville nouvelle, dont la plus récente vient d’être achevée.

Au nord-est : l’étang de l’estomac bordé par une colline boisée et prolongé, presque jusqu’à la mer, par les marais salants. Un espace sauvage à peine perturbé par une citerne d’eau blanche et une usine de ciment rouge. Tout est relatif.

La mer, le golfe de Fos, est bien à sa place, c’est-à-dire au sud-est, longée par le canal d’Arles à Port-de-Bouc et encombrée de pétroliers en attente de déchargements. Depuis une semaine, les dockers du Grand Port Maritime de Marseille luttent pour leur retraite et contestent la réforme portuaire.

GH/Fos-sur-Mer

Les averses se font de plus en plus violentes. Deux mirages passent, annonciateurs de tonnerre. Il est temps de redescendre de. Au risque de perdre encore le nord.

Il faudra quelques jours sans doute, et le retour du beau temps, pour se repérer dans Fos sans GPS ni passage à l’Hauture.

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