Comment arrive-t-on à Fos ?
Rita Sérafini a 22 ans quand ses parents décident de quitter la Normandie pour s’installer à Miramas, non loin de Fos-sur-Mer. Le climat du midi parle à son sang italien : elle décide de suivre le déménagement. Employée à la mairie, la jeune femme se rend un jour à Fos pour ce qu’elle croit être un séjour d’une semaine. Un séjour qui ne s’est toujours pas achevé et qui lui a réservé, comme dans les histoires, une bonne et une mauvaise surprise. La bonne surprise d’abord, sous la forme d’un coup de foudre durable et toujours en vigueur. La mauvaise surprise c’est le chômage. Le sien puis celui de son compagnon, militant syndical. Une fibre qu’ils partagent et qui va permettre à Rita de tenir le coup. Dix ans de lutte, au sein d’un collectif contre le chômage, de solidarité et de manifs. En 1995, l’emploi est enfin au rendez-vous. Doublement. Elle devient en effet élue communiste à la mairie et entre à la médiathèque de Fos.
A la mairie où elle s’occupe de la délégation des droits de l’homme, comme dans son quartier, le Mazet, Rita Sérafini suit les changements de la société Fosséenne. D’apparence aussi coquette que les autres quartiers de la ville, « Musulmaz » comme l’ont appelé ses résidents, est stigmatisé par les quartiers un peu moins populaires. Le préjugé n’est pas nouveau. Il date de la construction, en 1985, de cet ensemble de logements sociaux à proximité de terrains détenus par des habitants plus aisés. « On nous envoie la racaille, c’est le « quartier nord » de Fos qui débarque : voilà ce que j’ai entendu quand je suis arrivée. »
Rien de tel évidemment mais Rita reconnaît que tout n’est pas aussi rose que le crépi des maisons, qu’il n’y a bien une petite délinquance, mais rien de grave. Elle est plus inquiète de la paupérisation qui se cache derrière les apparences et qui se révèle dans les services sociaux où l’on vient chercher des aides financières pour joindre les deux bouts, des bons de nourritures. Le chômage des jeunes, la précarisation des travailleurs par le recours à l’intérim, l’appauvrissement des retraités.
Bien sûr, les Fosséens sont moins dépourvus qu’ailleurs. Leur taxe d’habitation, ne pouvant être supprimée, elle a été baissée à 0,001 %, ils disposent de nombreux équipements de loisirs, culturels ou sportifs, ainsi que d’aides multiples. Mais, s’interroge l’élue, ces avantages « compensatoires » survivront-ils à l’abandon de la taxe professionnelle et à la réforme des collectivités territoriales ?
Rita Sérafini devant une fresque réalisée par les jeunes du centre social du Mazet


