Sans légendes (2), par Claude Gal

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

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Sans légendes (1) : le futur à Fos-sur-Mer, par Claire Roussey

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Sortir photographier  »le futur de Fos-sur-Mer » par une matinée froide de fin janvier, une étrange idée ? Heureusement, Claire nous accueillera pour un café chaud, après la froidure des Carabins et le vent glacé de la plage du Cavaou.

Le futur de Fos, oui : ces usines établies, bien posées sur leurs pattes, ces commerces bien établis du centre (faut-il dire centre-ville ? village ?), une intercommunalité moderne, résolument pragmatique (mais désormais privée, à terme, de sa taxe professionnelle) ne risquent pas de disparaître du jour au lendemain. Les projets sont là, diverses extensions de la zone industrielle ont lieu (même si elles viennent parfois perturber les espaces, comme celui de la plage du Cavaou, mangé par l’installation du très controversé incinérateur des déchets, entre autres, de Marseille, où les manifestations répétées des Fosséens n’ont pas été entendues).

Mais à terme, quelles perspectives? Les participants de l’atelier restent sans voix devant cette question piégée, volontairement directe : quel futur pour Fos-sur-Mer ? Où serait déjà visible le futur de Fos-sur-Mer ? Restent de cette journée glaciale quelques pistes à évaluer, où le futur, peut-être se dessine, entre constructions en cours et perspectives infinies sur la mer, la plage, le paysage.

(Un diaporama de Claire Roussey. Commentaires des images : Guillaume Fayard)

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Un 4 décembre à la médiathèque

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer par Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]


DES PORTRAITS


Elle est belle mais pas trop classe,

populaire dirais-je.

Sa lumière fait sa beauté, son humeur.

Son odeur est sa grande faiblesse,

elle fume sans cesse.

Son niveau intellectuel n’est pas

médiocre, ni brillant, donc entre les deux :

elle est provinciale !

On se respecte

mutuellement, sans s’aimer à la folie…

Elle m’apprend la vie, qu’ai-je appris?

La beauté est dans les yeux de celui

qui regarde !

(Fos-sur-Mer je te vois)

Claire Roussey

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Cette photographie à première vue me fait penser à une arlésienne. Par la coiffure seulement. Il y a de la modestie chez cette personne, qui rejoint le lieu où elle vit. Je perçois une légère tristesse dans ses yeux, mais son naturel est très beau. Je n’en connais pas la raison. Lors de notre passage à la Feuillanne, peut-être est-ce par pudeur que je n’ai pas osé prendre en photo les habitants, alors que j’aurais pu le faire dans un autre lieu ou dans un autre pays –

Elizabeth Lantelme

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L’eau est bleue, mais pas comme le ciel ;

Jaune, mais pas comme le soleil ;

Verte, mais pas comme les plantes.

L’eau est bleue et jaune pas comme le soleil et verte comme la forêt comme tout Fos-sur-Mer.

Jaune comme le sable, animaux qui vivent dans l’eau, c’est grâce à Fos-sur-Mer.

Le soleil n’est pas jaune.

Le ciel, n’est pas bleu.

Mais Fos-sur-Mer est multicolore.

Les animaux vivent dans l’eau, ne sont pas des nuages.

Mais tout Fos-sur-Mer est coloré.

La mer sert à se baigner, mais on ne nage pas dans le ciel.

Je nage mais le ciel ne nage pas.

Ma bouée n’est pas les nuages.

Le paysage n’est pas l’espace !

Voilà Fos-sur-Mer.

Mais mon air n’est pas le vent de la mer

n’est pas que le vent de la mer de Fos-sur-Mer.

Maëva Ruotte

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DANS LE BAIN


Tous les matins en ouvrant mon volet face à la mer j’observe… Y a-t-il du vent?

Sinon la pollution stagne. Je vois les usines à l’horizon. Notamment celle que l’on appelait avant Sollac. S’il y a du vent les fumées des cheminées m’indiquent sa direction, les vagues aussi. Le plus extrême, c’est « Mistral », l’infernal, le glacial, l’énervent.

Énervée je l’étais davantage avant contre cet horizon mortel, révoltant, ces usines pour lesquelles la nature sauvage a été sacrifiée !!!

Gagnée par la sagesse? Habituée?

J’ai apprivoisé mon paysage quotidien.

Claire Roussey

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Fos, ses étangs, ses kayakistes. Fos c’est la mer mais aussi l’étang de l’Estomac. Comment ne pas penser à Marc, qui a lancé l’activité Kayak sur l’étang. Venir avec sa classe découvrir un milieu naturel, approcher les animaux, faire du sport et être dans le calme loin des bruits de la Zone. Marc toujours souriant et prêt à accueillir les enfants. Toujours prêt à partager sa passion. Heureusement que l’étang est là pour permettre une respiration dans le travail des enseignants.

Claude Gal

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Je me souviens effectivement de cette grande plage s’étendant à l’infini où je venais me baigner avec mes parents. Rien ne dérangeait les touristes ; à l’horizon le bleu de la mer, et comme fond de toile, seules la présence des manades et l’existence des toros, rappelant le paysage camarguais. C’était pour moi un lieu de vie paisible où il faisait bon vivre.

Aujourd’hui le paysage a connu un vrai séisme, l’industrie sidérurgique, et j’ai du mal à m’y sentir sereine et bien.

Elizabeth Lantelme

_ _

!! WARNING !!

La zone industrielle pollue

toute la ville de Fos à cause

des usines qui marchent !

À peu près tous les jours !

Les habitants qui habitent

à côté de la zone

sont plus pollués que nous à Fos !

Et toute cette population autour de Fos

n’a pas encore été, mais sera bientôt polluée !

Attention il faut bien

écouter l’alarme incendie !

Il faut aussi faire attention

aux usines qui

presque à côté de nous

peuvent nous empoisonner !

Ou nous TUER !!!

Maëva Ruotte

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L’été est là, le soleil est au rendez-vous, de la fenêtre de mon bureau sur le site d’Arcelor Mittal j’aperçois la mer. La grande bleue est d’un calme olympien, pas une ride à la surface, quelques baigneurs ça et là, mais aussi des planches à voiles qui tentent vainement d’avancer. Une langue de sable caillouteux borde cette immensité.

Allez j’y vais ! Comme souvent en cette période je profite d’un moment de répit, installée au bord de l’eau mon sandwich à la main. La vue est alors différente ! Souvent, de lourds pétroliers sont là en toile de fond, à ma droite le méthanier, à l’arrière les fumées de l’aciérie Arcelor Mittal et le site SPF.

Alors, je pense que du temps de mon adolescence je longeais cet endroit vierge de toute industrie…

Marie-Martine Wallez

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DES TRAJECTOIRES


Né Phocéen, travailleur fosséen mais d’origine languedocienne, quitter Fos est très fréquent. Quitter Fos vers Arles c’est l’évasion vers les vacances et l’occasion de traverser l’histoire.

Fos, ses usines, ses fumées, ses odeurs, ses lumières changeant au gré des vents. Fos que l’on quitte par une voie rapide peuplée de camions énormes, d’une foultitude de voitures et peu de touristes. Fos et ses luttes marquées sur les murs des voies rapides. La voiture file et l’on ressent que l’oppression de la Zone Industrielle se desserre. On s’éloigne de ce monstre tentaculaire de fer, de feu, d’eau qui grignote la Crau. L’étreinte se desserre petit à petit. À la Fossette, ça y est, c’est la Crau. La nature, même si elle a été balafrée par les plantations de pêchers, est là. On retrouve la steppe, l’horizon avec ses troupeaux mais aussi les traces de vie depuis des siècles. Les bergeries romaines visibles du ciel, les bergeries du XIXe siècle et les traces de la Seconde Guerre Mondiale quand les habitants de Fos et des alentours ont dû par la force de l’occupant nazi construire ces petits tas de cailloux pour empêcher l’atterrissage des planeurs alliés. C’est le calme qui – bien qu’en apparence seulement – s’installe. Maintenant que les pêchers ne sont plus assez rentables, on rend à la nature des terrains.

L’étreinte industrielle se desserre. On voit les premières manades et l’arrivée sur Arles marque la vraie rupture avec la Zone.

Lors du retour, les premiers signes avant-coureurs de la Zone se voient de très loin. Son étreinte se fait sentir par les fumées visibles à des dizaines de kilomètres. Les constructions massives des hauts fourneaux accrochent le regard sur l’horizon. De temps en temps des points d’accroche sont là pour rappeler que l’on veut aussi essayer de desserrer l’étreinte industrielle et polluante. Les éoliennes, les « plantations expérimentales », les rideaux d’arbres pour tenter de cacher le monstre. Petit à petit nous rentrons dans la Zone et le sentiment d’oppression est là. Selon les vents les odeurs nous avertissent de l’approche des usines. Mais on arrive à Fos, où la vie familiale, professionnelle, n’en continue pas moins, et l’on se tourne vers les zones naturelles, les activités ludiques…

Claude Gal

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En prenant la route qui mène à Fos, je m’aperçois après l’étang de Lavalduc que les lotissements ont pris la place des grandes étendues et pâturages existant autrefois. C’est seulement en prenant l’entrée de Fos que la vie « d’avant » réapparaît – je voudrais que ne finisse pas l’allée des Pins ; hélas quelques kilomètres plus loin c’est à nouveau un choc à la vue des usines, où les fumées se mélangent et où le bleu du ciel n’est plus pur… En conclusion, une pensée personnelle : je subis ce paysage choisi par le décret x de l’année 196… Peut-être ne suis-je pas la seule?

Elizabeth Lantelme

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Du site d’Arcelor Mittal à Grans, voilà un trajet maintes fois parcouru ! Installée dans ma voiture, j’ai encore dans les oreilles le bruit strident du téléphone qui sonne à longueur de journée, le stress de la journée pour « boucler » les dossiers en cours. Et maintenant je dois affronter mes ¾h de trajet avec le flot incessant des véhiculés, les longues files d’attente à chacun des stops ou des feux rouges. Mes pensées reviennent sur le déroulement de la journée, le stress continue…

Heureusement devant mon portail j’aperçois ce hâvre de paix qu’est mon lieu d’habitation. Très arboré, il en est parfois inquiétant ; cette fois, piaillements d’oiseaux, et la vue des petits écureuils sautant de branche en branche. Quel calme ! Profiter de ce moment présent, c’est se libérer de tout le stress accumulé. À moi de savoir le faire.

Marie-Martine Wallez

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J’habite au port de Fos-sur-Mer et je vais souvent à Istres.

La question qui se pose toujours : est-ce que je traverse le village, avec ses nombreux rond-points et dos d’âne en roulant tranquille, ou est-ce que je passe par la voie rapide, qui me fait rouler fluidement (mais pour 2km en plus…) ??! Grande question à laquelle je réponds toujours à la dernière seconde, avant de m’engager sur ma route, selon mon humeur. Ce que j’apprécie le plus lors de ce trajet, ce n’est ni le paysage industriel malodorant, ni la majestueuse allée des pins qui vaut le détour, c’est plutôt le magnifique paysage naturel de l’étang de Lavalduc et de ses environs, qui au fil des saisons, me renvoit le sentiment d’exister, et d’aimer la vie ( à 90 km/h !)

Claire Roussey

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Merci à Claude Gal, Elizabeth Lantelme, Marie-Martine Wallez, Claire Roussey et Maëva Ruotte (née en 1999) pour leurs textes imagés et contrastés, à l’image du territoire de Fos-sur-Mer. GF

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Dernières nouvelles de la Feuillanne, par Valérie Lebret

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Lorsque j’ai vu cette photographie de Jacques Windenberger, je n’ai pu m’empêcher de penser à Hadrienne. Cette fille était dans ma classe à l’école primaire, c’était dans les années 70 et j’habitais Fos-sur-Mer. Malgré le temps passé, je n’ai oublié ni son nom, ni son visage. Non pas parce que j’ai une bonne mémoire, mais parce qu’elle vivait dans un lieu hors du commun : « Le camping de la Feuillanne ».

Pour l’enfant de 7 ans que j’étais, qui résidait dans une maison confortable aux murs solidement ancrés dans le sol, vivre en permanence dans une caravane paraissait inconcevable. Au début, lorsque je l’ai connue, je me suis même imaginé que cette situation ne pouvait être que provisoire. Mais non, cela a duré. Au fil des années nous étions toujours dans la même classe et Hadrienne répondait invariablement lorsqu’on l’interrogeait sur son adresse : « Camping de la Feuillanne ».

Pourquoi vivait-elle dans un camping ? Elle était la seule dans la classe.

Je n’ai jamais osé lui poser la question. Peut-être parce que je craignais de la mettre mal à l’aise. J’avais peur qu’elle me réponde : « parce que mes parents n’ont pas assez d’argent pour acheter une maison », car c’était la seule réponse qui s’était imposée à mon jeune esprit.

À aucun moment je n’ai pensé qu’elle vivait dans une caravane parce que son père faisait probablement partie de ces milliers d’ouvriers venus des quatre coins de la France et de l’Europe, pour la construction du grand complexe industriel à Fos. Et que comme beaucoup de familles, ils n’avaient pas trouvé à se loger, au vu du nombre restreint d’habitations dans la commune.

Il faut bien dire qu’à cette époque, ma conception de la zone industrielle à Fos était très schématique, essentiellement basée sur ce que j’avais pu observer à l’école. En résumé, il y avait 2 grandes usines qui fabriquaient de l’acier : SOLMER et UGINE ACIER.

SOLMER était synonyme de lorrains car à l’école les parents de tous mes petits camarades lorrains travaillaient à SOLMER. UGINE ACIER était synonyme de savoyards car à l’école, les parents de tous mes petits copains savoyards travaillaient à UGINE ACIER. Et tout ce petit monde habitait comme moi dans les quartiers de la Jonquière, des Amaryllis ou de Saint-Sauveur récemment bâtis au pied du vieux village.

Mon regard d’enfant ne portait pas suffisamment loin pour se poser sur une autre réalité du grand chantier de Fos : « Le camping de la Feuillanne », une réalité quelque peu excentrée par rapport au village et à mon quotidien.

Aujourd’hui, samedi 9 octobre 2010, j’ai plus de 40 ans et je mets les pieds pour la deuxième fois de ma vie dans ce lieu inéluctablement associé au prénom et au visage d’Hadrienne. La première fois c’était la semaine dernière, lorsque nous sommes venus faire notre repérage pour l’atelier. Nous avons simplement traversé le lieu en voiture. Aujourd’hui nous allons pouvoir prendre le temps de la découverte.

À peine sommes-nous descendus du véhicule qu’une cohorte de chats vient nous accueillir. Ils n’hésitent pas à s’approcher de nous, ronronnant, s’entourant autour de nos jambes pour nous souhaiter la bienvenue sur ce territoire chaotique qu’ils partagent encore avec les humains. Les hommes et les femmes qui vivent là sont peu nombreux. Peut-être 3 ou 4 familles, guère plus ? Que sont devenus les autres ? Tous ceux pour qui ce lieu a été créé dans les années 70. Tous ces pionniers venus conquérir les grands espaces fosséens, venus travailler sur le plus grand chantier d’Europe. Certains sont partis une fois la construction du nouveau Fos achevée, parce qu’on n’avait plus besoin d’eux. D’autres sont restés pour travailler dans les industries fraîchement implantées et ont fini par trouver un logement « en dur ».

En promenant mon regard alentour, les impressions s’enchaînent. D’abord un sentiment de désordre face aux constructions anarchiques qui encerclent les caravanes. Des extensions faites de matériaux de récupération : planches, bois de palette, tôles ondulées, morceaux de grillage assemblés avec ingéniosité qui recouvrent presque entièrement les caravanes et les rendent quasiment invisibles.

Sentiment de désordre renforcé par l’accumulation à proximité des habitations de véhicules en pièces détachées, de matériel électroménager plus vraiment en état, posé là dehors en attente … en attente de quoi ?

EN ATTENTE ! J’ai l’impression que le temps s’est arrêté en ce lieu, qu’il n’a plus de prise sur ses habitants. Plus je les observe et plus ils me font penser à des naufragés. Venus d’horizons lointains, portés par la grande vague de l’industrialisation forcenée des années 70, ils se sont échoués là sur cette île à l’écart des contraintes de la modernité.

Je les regarde s’activer tranquillement, à leur rythme. Pourquoi accepteraient-ils de subir une nouvelle tempête, une nouvelle transplantation ? Pour une vie plus confortable ?

En refusant de quitter cet espace, certains ont déjà fait leur choix. Le choix de la liberté… liberté de vivre dans des cabanes avec des moyens rudimentaires… un rêve d’enfant ?

La vision des cuves de pétrole à quelques mètres de là me ramène à la réalité.

Sentiment d’un espace inhospitalier. Comment ne pas se sentir en danger face à la présence écrasante et toxique de ces cuves ? Cohabitation contre nature !

Et puis la chaussée qui traverse le camping, volontairement éventrée, défoncée par les pouvoirs publics pour empêcher de nouvelles installations.

Ici la présence de l’homme n’est plus souhaitée. L’état d’insalubrité des sanitaires le confirme. Lavabos arrachés, tuyauteries rouillées, murs délabrés, bâtiments ouverts aux quatre vents, je le répète : « ici, il n’y a plus de place pour l’homme. »

Lorsque je discute avec la dame de la maison verte, elle me dit qu’elle souhaiterait partir. On lui promet un logement social mais rien ne vient. Elle me montre les sanitaires ; j’ai peine à croire qu’elle puisse encore en faire usage.

Au sein de ce paysage contrarié, la maison verte dénote. Bien que de conception modeste comme les autres habitations, elle se distingue du reste par une décoration soignée. Avec ses façades peintes de couleur uniforme, sa petite cour ombragée, verdoyante et fleurie, on devine qu’elle est un paisible refuge où il fait bon se laisser aller à la rêverie. Le nain et les chats veillent sur ce lieu de quiétude empreint de poésie, cette fine poussière d’étoile qui enveloppe d’une douce lumière le réel, pour le transfigurer.

Plus loin une porte, rouillée, attire mon attention. Seule au milieu d’un champ, sans même un mur pour la soutenir, elle s’ouvre sur l’absence, sur l’invisible… la vie passée. Peut-être retrouverai-je Hadrienne, si je la franchis ?

À

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En italique : une promenade architecturale dans Fos-sur-Mer avec Laurent Cucurullo

ATELIER n°3 – (27 novembre 2010)

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

Un reportage à deux mains à l’occasion de la sortie du samedi 27 novembre dans Fos-sur-Mer, en compagnie de Laurent Cucurullo de l’association en italique de Marseille et des membres des ateliers reportage-mémoire. Laurent Cucurullo est médiateur culturel de l’art et diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Marseille (ESBAM).

Images : Claude Gal

Commentaires : Guillaume Fayard

NB : Dorénavant, les textes se lisent en insert sur les images et s’affichent en cliquant sur le i positionné en haut à droite de chaque photographie.

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La Darse numéro 1, par Claude Gal

[Les textes et photographies présentées ici ont été produits par les participants des ateliers reportage-mémoire menés à la médiathèque de Fos-sur-Mer, en compagnie de Valérie Lebret et Guillaume Fayard, en prolongement de la résidence de Hélène David et Donatien Garnier.]

ATELIER n°2 – Darse n°1 (novembre 2010)

Au cours de nos repérages, notre guide Louis Barnès nous a fait découvrir le « fond » de la darse 1, quelques pas à l’écart de l’usine d’Air Liquide. Ne me demandez pas plus de précisions, le flou de la dénomination convient très bien à cet espace d’ouverture pure, où l’immensité de la zone est perceptible, et où l’aventure du Complexe de Fos a commencé : difficile d’imaginer que ce lieu a été construit de toutes pièces, je veux dire la darse elle-même, avant que les usines sur les berges de la darse énorme soient à leur tour construites.

Une sélection des photographies prises par Claude Gal lors de notre deuxième sortie début novembre.

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