Sept petits jours à Marseille

Marseille…Son vieux port, sa Cannebière, ses calanques... Nous ne les avons pas vus. Voici la dernière ville de France dont le centre est populaire ce qui en langage politiquement correct signifie pauvre. C’est là que nous avons trainé nos yeux et nos oreilles, rue de la République, à Belsunce, à Noailles. Tout contre, grandit un grand projet urbain, Euroméditerranée, un nouveau quartier de ville qui remplace sur le littoral, un océan de friches et d’entrepôts. Le projet plastronne en front de mer pour plaire aux touristes, aux entreprises, aux croisièristes, et la façade sera belle, vue du large. Mais c’est son dos que les Marseillais des quartiers les plus pauvres auront sous le nez. Entre ces deux mondes, le lien est ténu voire inexistant. Encore effiloché par les discours de la ville sur le visage moderne, net et rasé de près qu’elle aimerait bien montrer, des rues propres, un habitat rénové, bref un décor. Et des gens… Ma foi, on ne sait trop quels gens. Beaucoup se sentent indésirables et peu désirés dans cette modernité. C’est pourtant là qu’ils ont vécu.

Entre nostalgie et regret, espoirs et inquiétudes, Marseille traverse un entre-deux qui la met mal à l’aise. Fière de son image de rebelle, la ville râle à grands coups de mentons contre ces « fonds de pension américains » et ces capitaux dont elle sait au fond qu’ils lui feraient le plus grand bien. Question de dialogue, de méthode? Les Marseillais que nous avons rencontrés ne se cachent pas tous derrière Pagnol, ne regardent pas tous vers le passé et se sentent tous concernés par l’avenir de leur ville. Beaucoup seraient sans doute prêts à essayer de comprendre et accepter ce nouveau morceau de ville à l’architecture étonnante et plutôt réussie. Si on le leur  demandait.

En cliquant sur les liens ci-dessus, vous pourrez comprendre ce projet collectif et hexagonal, suivre notre périple en choisissant un thème ou un lieu ou bien dérouler ce blog comme nous l’avons construit, au jour le jour et nourri de nos questions et de quelques essais de réponses.

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Les expat’s rentrent chez eux

Jacques Windenberger nous surveillait du coin de l'oeil, rivé au blog. Il est revenu sur les lieux du crime, l'arme à la main....

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Les dessous de Marseille

Traces de vie dans les immeubles de la rue de la République

Le long du chantier de l’Hôtel Dieu, l’ancien hôpital transformé en palace 5 étoiles. Sur ce mur il n’y a pas si longtemps, du linge séchait. C’était plus joli.

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Même pas peur!!

Tu l’as dit…

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« Pouillon, ce couillon »

« C’est tout le centre-ville qui devrait être classé Monument Historique, et qu’est-ce qu’ils ont trouvé à classer et à protéger, ces merdes là de Pouillon ». Ces immeubles construits par le très fertile architecte marseillais Fernand Pouillon entre 1951 et 1955 constituent une longue façade urbaine, du 42 au 46 quai du port. Des logements étalés sur 400 mètres, de part et d’autre de l’hôtel de ville ont remplacé les petits immeubles du Panier dynamités en 1943 par la Wehrmacht. Le tracé de cette opération de démolition aurait coïncidé très exactement avec le plan de reconstruction défini en 1941 par Eugène Beaudouin, architecte en chef du gouvernement en charge du projet d’aménagement de la ville. Ce dernier avait clairement pour objectif de moderniser une ville à laquelle il vouait peu d’intérêt. En témoignent ses propos:  « le contraste entre la splendeur du cadre et la médiocrité de la ville qui s’y trouve… la vieille ville déshonore la ville ».

Ces immeubles construits en pierre blonde du Gard, avec balcon sur le Vieux Port et vue sur la mer constituent à eux seul un petit marché immobilier très prisé, à la location comme à la vente.

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Plus Belle la vie

A gauche, le faux, florissant, encore que… A droite, le vrai bar vendu, fermé, bientôt transformé en un nouvel élément du décor du feuilleton que les Marseillais adorent… « Poubelle la vie » ou comment, à Marseille, réussir à reconstituer en studio, un décor présent et bien plus beau à tous les coins de rue. La place des 13 coins, justement, est petit à petit réinvestie grâce aux capitaux tirés du film. Un faux cinéma, une vraie boutique de faux souvenirs marseillais. Le magasin bleu vend des DVD, des mugs, des cartes postales, de vrais timbres même, aux couleurs du quartier du Mistral, fruit de l’imagination des réalisateurs et enfilage de clichés. Ce mercredi après midi, la vendeuse s’y ennuie ferme et n’y croit même pas. « L’été, oui, il y a plus de touristes, et avec la Noël, ils vont venir acheter des coffrets de DVD peut-être ».

Dans la rue du Petit Puits qui mène à la place,  les seules devantures neuves du Panier. Provençaleries, savonneries et autre c…. préparent le touriste au choc. Au face à face avec son feuilleton mythique, mais, aussi vide qu’un décor. Juste à côté de la boutique restaurée, un immeuble muré. « Les touristes, on en veut bien, mais il faudrait qu’ils s’arrêtent… » pense Jean Roch Marchetti, le patron du bar Chez André, rue du Panier, un peu plus loin.  C’était l’un des objectifs de l’attaque -gentillette- du petit train du Panier, le promène-touristes bleu et blanc qui fait faire le tour de la ville sans toucher son sol. « On avait fêlé les oeufs pour qu’ils ne fassent pas mal, et la farine, ce n’est pas bien méchant se souvient Djamel l’un des meneurs. On les a laissés arriver place des Moulins, c’est un cul de sac, ils étaient obligés de repasser par le même endroit, c’est là qu’on a tendu l’embuscade ». Revendication de ce happening: que le train s’arrête, que les touristes descendent, posent le pied à terre, prennent le temps de regarder, que le chauffeur embarque les petites mamies peinant dans les côtes. « On en avait marre que le conducteur sonne la cloche à certains endroits pour dire aux passagers de s’accrocher à leurs sacs. C’est pas un zoo ici », poursuit Djamel. Dans son bar, il a affiché de grands tirages photo de l’événement et montre la vidéo dès qu’il a deux minutes.

Le train s’arrête, de temps en temps, Les visiteurs ne s’attardent toujours pas et le quartier continue de mourir à petit feu. Quelques institutions comme le restaurant Chez Etienne ne désemplissent pas, les autres commerces périclitent doucement. Les bandits avaient offert au Panier sa superbe, sa gouaille et son panache. Les petites frappes n’ont pas le talent de leurs aînés. Ils ont ruiné sa réputation. « Des crapules qui attaquent les jeunes filles ou arrachent les sacs des mémés… Ils mériteraient six mois de taule, ça les calmerait, mais on les relâche tout de suite. Alors quand un caid, pour un braquage comme à l’époque, se prend vingt piges, nous on n’est pas d’accord. Il n’a fait de mal à personne, il a juste pris l’argent. Et l’argent c’est à tout le monde », soupire Jean Roch, le plus sérieusement du monde.

Ces venelles et ces escaliers qui grimpent la colline et dégringolent vers le vieux port  promettaient un avenir gentrifié à ce quartier historique. Depuis des années, marchands de biens et investisseurs s’y cassent les dents.  Ca ne chôme pas pourtant derrière les murs. ça tape, ça perce, ça scie, le bruit des chantiers est continu qui retape et parfois reconstruit les petits immeubles proches de la ruine après des années d’abandon. Les bobo’s cohabitent avec des familles très pauvres, mais les premiers ont le choix de partir et ne font que passer dans ces appartements petits, tout de guingois et souvent sombres. Ils sont là, le samedi matin, place de Lenche pour un café, leurs enfants vont à l’école des Accoules et au bout de deux ou trois ans ils ont disparu, envolés vers les quartiers plus chics. Trop de bruit, trop de petites incivilités, trop de pétarades de scooter la nuit, trop de voitures rayées, de phares cassés pour voler juste une ampoule…

En 2012, tout contre le Panier, un palace 5 étoiles ouvrira ses portes. Sa façade arrière s’appuie sur le quartier tout en lui tournant le dos. « Du temps de l’hôpital, les médecins, les infirmières venaient boire des cafés… » se souvient Jean Roch. « La ville veut achever le travail de la Wehrmacht qui a dynamité le quartier en 1943 avec l’aval de la mairie d’alors, dit Alain, l’un des musiciens qui gère  la Grotte des Accoules, en collant des affiches pour le prochain concert. Virer tous les gens qui font tâche ».  Du futur hôtel, ses voisins n’attendent rien de plus que le mépris qu’ils ressentent déjà.  Sur le mur, une main énervée a écrit à la bombe « rêves de riches, cauchemars de pauvres ».

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