(Les textes présentés ci-dessous ont été rédigés par les élèves de la classe de 4ème A du collège Henri Le Moal, sous la houlette de leur professeur de Français, Marie Prud’hon, en prolongement de la résidence de Jérômine Derigny et Aude Raux. Les élèves ont choisi des photos de femmes dans les archives de Jacques Windenberger.)
Au bord de la mer, au milieu d’un chemin boueux, une vieille femme marchait seule, courbée par le poids de sa vie difficile. Elle était vêtue d’un long manteau épais, portait une écharpe, et à ses pieds des sabots. Ses conditions de vie étaient déplorables et ses vêtements en étaient la preuve. Elle avait une famille nombreuse à charge, comme beaucoup de femmes à l’époque. Elle passait ses journées à travailler pour gérer son foyer, avec le peu d’argent qu’elle possédait. Elle méditait sur cette vie dure qui était la sienne, rêvant d’un futur meilleur et plus calme. Mais cela lui semblait impossible. Alors, dès qu’elle en avait le temps, elle partait se promener au bord de la mer, ce qui lui procurait un immense sentiment de liberté… Cette liberté qui lui manquait tant au quotidien : entre la lessive, la couture, le tricot, le ménage, la préparation des repas, la gestion de ses six enfants, elle n’avait pas le temps de souffler.
S’ajoutait à tout cela, le travail à la ferme. C’était elle qui s’occupait des cochons, des vaches, des poules… Elle les nourrissait, les sortait et les soignait, toute l’année et par tous les temps, sans jamais rechigner.
Puis venait le soir ou elle devait s’occuper de ses gamins turbulents tandis que son mari, affalé dans son fauteuil confortable, ne lui apportait jamais aucune aide : il lisait le journal et ne cessait de se plaindre pour un oui ou pour un non.
Elle était donc là, sur ce chemin boueux, laissant libre cours à ses pensées. Elle se remémora alors son enfance : à onze ans, la pauvre petite fillette s’était retrouvée sans mère, celle-ci était décédée… Elle s’était donc trouvée toute petite, à travailler à la maison à la place de sa mère, abandonnant sa scolarité. Son père, veuf, ne parvenait pas à se remettre de la mort de sa femme et ne s’occupait, par conséquent, que très peu du reste de la famille. Avec un père, qui, au fil des jours dépérissait et ses frères et sœurs bien plus jeunes qu’elle, elle n’avait pas pu vivre une enfance normale, heureuse et épanouie…
Puis, un peu malgré elle, elle laissa derrière elle la dureté de son enfance pour repenser aux commérages du village qui l’avaient tant blessée dans sa vie de femme. En effet, sa mère avait trompé son père. On l’accusait donc à son tour d’adultère, sans preuves véritables, comme si le déterminisme pouvait intervenir dans ce genre d’événement. Elle n’avait jamais voulu rétablir la vérité de peur que l’on ne la crût pas et était donc restée enfermée dans son mur de silence et de solitude. De toute façon, elle ne pouvait faire confiance à personne.
Elle chassa ses pensées obscures, puis se demanda comment elle pouvait se plaindre. Après tout, elle était nourrie et en bonne santé.
Elle se rappela soudain qu’elle avait du travail à finir, de la couture et un chandail pour l’hiver à achever. Elle qui, à l’instant, rêvait de fuir cette vie médiocre, ce quotidien, allait maintenant s’y réfugier. Retournant chez elle, s’affairant à la tâche. Elle ne rêvait plus de liberté, d’espoir, mais pensait seulement à rentrer dans le »droit chemin ». Les pensées qu’elle avait eues quelques instants plus tôt à la plage, au bord de la mer, cela faisait des dizaines d’années qu’elle se les répétait pour à chaque fois retourner chez elle, abattue.
C’était un véritable cercle vicieux.