Un éco-gîte en béton… de chanvre

« Vous connaissez l’histoire des trois petits cochons ? Et celle des trois gros cochons que sont – dans le bâtiment – la laine de verre, le parpaing et les crédits immobiliers ?! » S’il était un personnage de conte, Jean-Louis Lecamus serait tout, sauf un grand méchant loup. Professeur à la retraite, il a restauré seul une maison en ruine pour en faire un bel éco-gîte en bois au lieu dit de Penviny. Le chantier a duré trois ans. Tout a été conçu dans le but de limiter l’impact environnemental. Non seulement au cours de la rénovation, mais aussi pendant l’utilisation de cet éco-gîte (de huit couchages) qui a ouvert ses portes aux vacanciers en juillet. Visite des lieux… à pas de loup : Tout le bois, non traité, est local. Les vieux murs et les combles ainsi que la dalle du rez-de-chaussée ont été isolés en béton de chanvre, un mélange de chaux et de chanvre qui présente l’avantage d’être respirant. Quant à l’étage, l’isolation a été réalisée avec de la paille biologique. Un système de récupération d’eau de pluie a été installé pour les toilettes. Et l’assainissement se fait grâce à des plantes, ce qu’on appelle la phytoépuration. A noter également les toilettes sèches, dont la sciure de bois remplace la chasse d’eau « parce qu’il est scandaleux de gaspiller 6 litres d’eau potable à chaque fois qu’on va pisser ». Question chaleur, 5 mètres carrés de panneaux solaires camouflés sur le toit assurent le chauffage de l’eau. Et, pour passer de douillettes soirées d’hiver, la grande cheminée d’origine a été équipée d’un poêle à bois. « Ce projet, loin d’être un retour en arrière, est un retour au bon sens, et même, une projection dans l’avenir » confie Jean-Louis. Un avenir niché dans l’environnement plozévétien : aménagée à l’étage, la terrasse, située plein sud, donne vue sur la baie d’Audierne, de la pointe de Penmarc’h à la pointe du Raz. Par temps dégagé, comme en ce week-end d’octobre, on distingue l’île de Sein à fleur d’océan.  Et on inspire !

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En roue libre

Christopher arrive au Café des sports avec un paquet de croissants. Nous voyant au comptoir, sa mère, la serveuse, l’a tiré du lit ! Il commande un chocolat chaud. Serre des mains. Interpelle un joueur, membre, comme lui du Ping-Pong Club de Plozevet :

-       J’ai vu un vieux qui te connaissait.

-       Tu dis ça parce que je suis vieux ?!

-       Non, parce qu’il est connu.

Nous rejoint. Et allume son ordinateur pour nous faire voir ses photos de BMX-dirt prises dans le bois de Plozevet, où, avec deux copains, il a aménagé un circuit. De notre côté, on lui montre les photos de Jacques Windenberger prises en 1962. Il les découvre, avec ses yeux de jeune de 18 ans.

Recueil de ses réflexions, en roue libre : « Ah, c’était comme ça Plozevet ! Oh là là ! Mais ça a drôlement changé. Ça a grandi trop vite. Les gens devaient avoir une vie plus dure dans ces années-là. Maintenant, quand on a un problème, on a tout ce qu’il faut pour le résoudre. En même temps, à l’époque, comme il y avait peu de choses, ils se rassemblaient tous autour. Par exemple, ils se voyaient tous à l’église, ça crée des liens. Et puis, comme tout le monde était dans la religion, il y avait une morale à respecter. Moi, je n’aime pas nos années, là. Je vois, au lycée, où je suis à Quimper, c’est foutage de gueule sur foutage de gueule, on se fout la honte. On s’entraide pas. A Plozevet, par exemple, c’est la bande de ceux qui jouent au foot contre celle qui jouent au ping-pong. J’aimerais partir loin, en Australie. Quand je suis revenu d’un stage que j’ai fait chez des architectes en Suisse – c’était la première fois que je voyageais – j’étais plus mâture. Là-bas, ce que j’ai bien aimé, c’est que chacun s’occupe de soi mais tout le monde s’entraide. Par contre, qu’est ce que c’est cher. Le paquet de céréales, par exemple, j’en revenais pas ! Ce que je n’aime pas non plus, dans nos années, là, c’est que les filles sont de vrais garçons manqués. Hier, pendant les manif’ contre les retraites, j’ai vu des meufs lancer des cocktails Molotov. Y’en a, c’est des vraies racailles. C’était baston sur baston. A quoi ça sert cette violence ? En plus, je suis sûr qu’il y en a qui ne connaissent même pas l’enjeu. On ferait mieux, quand on n’est pas d’accord, d’aller voir la République ou je ne sais pas quoi. Ecrire une lettre. J’avais par exemple fait une demande à la mairie pour qu’ils installent un skate park. Bon, j’ai dû attendre trois ans, j’ai failli péter les plombs, mais maintenant on l’a. »

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« Le dernier des Mohicans »

Véronique Le Scaon, 48 ans. En dix mots-clefs.

Famille : « Je suis née dans une famille de maraîchers. Mes grands-parents, mon oncle et ma mère exerçaient ce métier. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai fait mes premiers marchés. Et puis j’ai fini par reprendre l’exploitation familiale. »

Légumes : « On a 6,8 hectares de terre. On cultive de tout : des choux, des pommes de terre, des tomates, des courgettes, des betteraves, du céleri, des côtes de blettes, des potirons et des potimarrons. Les vendredis matins, on vend directement nos produits dans notre ferme de Porzembreval. Les samedis matins, on fait le marché de Quimper. Et une fois par mois, on propose des paniers. »

Vieux : « On s’est aussi mis à cultiver de vieux légumes, comme des topinambours ou des panais, parce que de plus en plus de jeunes nous en demandent. »

Transmission : « On a trois enfants, de 23, 22 et 16 ans. Mais aucun qui veut reprendre l’exploitation. Il y en a un qui veut devenir professeur, l’autre paysagiste et le troisième vétérinaire. »

Labeur : « Je travaille avec mon mari, retraité de l’Ifremer. Les jeunes ne veulent pas nous succéder parce que c’est un métier trop dur physiquement. On est tout le temps le dos courbé. Et on a parfois de mauvaises surprises : comme cette année, quatre mois sans eau, de juin à septembre. A cause de la sécheresse, on a perdu 2500 plants de céleris : tous grillés. On a eu aussi des choucas qui, en une seule nuit, nous ont volé 1500 mini-mottes de salades. »

Chou-fleur : « Si j’aime mon métier ? Déjà, j’aime ce coin de terre face à la mer. Et travailler dehors, au milieu de la nature. » Son mari, Philippe, la taquine gentiment : « Oh, toi ! Tu es née dans les choux-fleurs. »

Tradition : « On pratique une agriculture raisonnée, traditionnelle : sans désherbants et le moins d’insecticide possible. C’est pas possible ici de faire du bio : nos terres, disséminées un peu partout sur la commune de Plozevet, sont trop proches de champs de maïs cultivés avec des engrais chimiques et des pesticides. » Son mari intervient : « A bord des bateaux, j’en ai mangé des légumes de merde. Les choux fleurs de l’agriculture intensive quand on les cuit dans l’eau et bien elle devient d’un drôle de vert. »

Goémon : « Avant, on utilisait le goémon comme engrais naturel. Sa récolte tombait juste bien pour préparer la terre, en avril-mai, avant les plantations. Mais depuis quelques années, c’est décalé, le goémon arrive trop tard. »

Salé : « Mon oncle disait que de faire pousser des légumes au bord de la mer, ça leur donnait un meilleur goût. »

Mohican : « Jusque dans les années fin 1970 – début 1980, les 7 kilomètres de côte de Plozevet étaient longées de maraîchages. Les habitants avaient surnommé ces terres « le croissant d’or ». Il y avait 88 exploitations. Il ne reste plus que la nôtre. On est le dernier des Mohicans ».

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Dos à l’Atlantique

« Vous ne pourrez pas les manquer. Ils se retrouvent tous les jours de l’année entre 16h30 et 18h » nous avait-on dit.

Ils sont là, fidèles au rendez-vous. Chaque fin d’après-midi, qu’il vente ou qu’il pleuve, l’anse de Pors Poulhan abrite entre 20 et 40 marins retraités, de la pêche, de la marine marchande ou de la Royale. Pendant une heure et demie, ils discutent assis sur un mur, dos à l’Atlantique. Le temps de parler météo, d’échanger les infos du jour lues dans Le Télégramme et d’évoquer des souvenirs. Sur leurs visages brocantés, on voit les sillages creusés et les regards délavés par une vie passée en mer. Les interviewer, c’est plonger dans des pensées nourries par de vastes espaces où les silences ponctuent la parole.

Armand Ansquer, 65 ans, à la retraite depuis 2000, a été l’un des derniers marins pêcheurs de Plozevet. « Jusqu’en 1987, j’ai travaillé à 5 milles des côtes de la commune. Je déchargeais ma pêche ici, dans l’anse de Pors Poulhan. Les habitants venaient me l’acheter directement. Je prenais dans mes filets tout ce que la mer voulait bien me donner : maquereaux, vieilles, congres, bars, lieux… On était encore une dizaine à travailler comme ça, seul.  A l’époque, les gens mangeaient du poisson tous les jours. Et puis, petit à petit, les modes d’alimentation ont changé, des grandes surfaces se sont installées et les surgelés ont remplacé les poissons frais. Alors, comme les autres, j’ai immigré à Audierne où on débarque à la criée. Aujourd’hui, il n’y a plus que trois Plozévétiens qui vivent de la pêche, mais au Guilvinec, au chalut. Depuis qu’on est à la retraite, on sort nos bateaux tous les jours de mars à septembre de 7h à 9h30. On n’a droit qu’à deux casiers et un filet. Maintenant, on ne pêche plus que pour la famille ».

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