Ce n’était qu’un au revoir

Escapade de quelques jours à Saint-Paul pour revoir la vallée, sous la neige cette fois, en attendant de revenir en juin pour réaliser notre reportage, celui qui paraîtra dans le livre et l’expo de Gueule d’Hexagone.

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Bye bye l’Ubaye

Le projet Gueule d’Hexagone, c’est six tandems -photographe et journaliste- pour six territoires. Nous avions choisi Saint-Paul-sur-Ubaye, un village de montagne.

Une vallée de migrations

C’est là que nous avons cherché Francis le berger, pour finalement trouver Georges, puis Christelle, qui descendent leurs moutons pour l’hiver. Christelle les vendra à l’Espagne et à l’Italie. Georges les destine à la fête de l’Aïd. Une source de revenus pour la commune, qui loue des terres aux bergers.

Mais ce n’est pas suffisant, le village peine à survivre économiquement, tandis que les services publics partent un à un. Les subventions lui sont nécessaires. Et le tourisme vital. Comme l’arrivée de nouveaux habitants.

C’est là que nous avons compris que les migrations font partie de l’histoire de Saint-Paul, même si elles ne sont pas toujours bien vécues

La vallée des instits

Nous avons également été accueillis par la classe unique du village, celle de l’étonnante école numérique.

Et encore, nous n’avons pas parlé de l’internat d’excellence de Barcelonnette. Ni du pôle d’accueil universitaire qui doit ouvrir à la rentrée prochaine également à Barcelonnette: il portera sur les risques naturels puisque la vallée s’y connaît en avalanches, glissements de terrain et changements climatiques.

Notre résidence de repérage se termine. Nous allons maintenant, à tête reposée, identifier un sujet que nous avons envie d’approfondir et revenir pour le traiter à fond.

Les paris sont ouverts, faites vos jeux.

A venir à Saint-Paul

  • 13 et 14 février 2011: le Winter Ubaye Salomon. Courses à pied, dont une nocturne sur le domaine skiable de Sainte-Anne.
  • juillet 2011: les Agriculturelles: journées d’animations et de portes ouvertes des exploitations agricoles du département.
  • premier week-end du mois d’août: Trail Ubaye Salomon.
  • 2011: année du Mexique en France. La fête de Barcelonnette, au mois d’août, en hommage aux hommes de la Vallée partir faire fortune au Mexique, sera donc cette année particulièrement riche.
  • mi-août 2011: journée du Musée vivant de Saint-Paul. Ateliers ludiques, démonstrations des techniques et métiers d’autrefois, en plein air.
  • derniers samedi de septembre: foire agricole de la Saint-Michel, à Barcelonnette. Vente de brebis et ardons, ces agneaux nés en mars et élevés à l’alpage avec leur mère. Une fête ancienne remise au goût du jour voilà 9 ans par les éleveurs de la vallée.
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Sans les murs

Un autre match de foot se joue au fond de la vallée. Ici, ce sont les filles qui ont gagné, sur l’herbe du camping, le long de l’Ubaye. C’est le cours de sport.

Pour suivre le collège, les écoliers devront descendre à Barcelonnette. Finie la classe unique et la récré dans les montagnes. « Les CM2 n’ont qu’une hâte: retrouver des plus grands », constate l’instituteur, Denis Casanova. « Ils nous aident avec les plus petits, notamment l’hiver quand il faut enfiler et enlever les combinaisons de ski, mais ça finit par leur peser ».

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« Ici, il faut tout accepter, sinon il ne faut pas venir »

Le village de Saint-Paul s’étend sur 20 500 hectares. Il compte 30 sommets de plus de 3000 mètres, et cette année huit « transhumants« , qui surveillent près de 30 000 têtes de bétail.

Un habitant par kilomètre carré

Mais le village ne recense que 220 habitants. Un habitant par kilomètre carré. « Avant, le bar était un vrai lieu de vie, où tout le village se croisait, où la vie politique se faisait, maintenant il n’y a plus personne, et chacun reste chez soi », déplore Roger, qui tient le café du village, aux « horaires variables », et pour qui la grande époque de Saint-Paul est révolue.

Les néo-ruraux arrivent

Depuis une dizaine d’années, le village gagne cependant un ou deux habitants par an. Peu de naissances, certes: sur les quinze enfants de l’école primaire, trois seulement sont nés à Saint-Paul. Mais le village vit d’une longue tradition de migrations.

Aujourd’hui, de jeunes couples et de jeunes retraités s’installent en ce fond de vallée. Certains viennent de Nice, de Marseille, d’Aix-en-Provence, et, après avoir passé des vacances à Saint-Paul, ont fini par y acheter une maison, d’abord comme résidence secondaire puis à l’année. Christian, lui, est venu de Paris. Il a découvert le village lors de son service militaire, comme chasseur alpin, et il est revenu rôder à la retraite « sur les lieux du crime », confie-t-il volontiers d’un air entendu. Il faut dire qu’à Paris Christian était régisseur au Moulin Rouge, et il ne se prive pas d’entretenir une sulfureuse légende.

Passer l’hiver

Les propriétaires du Gîte La Souste, eux, travaillaient à Grenoble -elle dans l’informatique, lui à l’hôpital- et cherchaient un gîte en montagne. Ils sont tombés sur Saint-Paul, et ça leur a plu. C’était en 2009. Les habitants ont prédit qu’ils ne tiendraient pas le premier hiver, tellement la saison est rude ici. Mais ils ont tenu. « Ils ont su s’adapter à nous parfaitement, en acceptant toutes nos façons de vivre », complimente Patrick, dit Patou, 52 ans, natif de Saint-Paul. « Le problème, ce sont les citadins qui trouvent le village tellement mignon en été et qui, dès qu’ils s’installent pour de bon, râlent parce que les cloches sonnent, les chiens aboient, le chasse-neige rebouche en passant le sentier qu’ils ont tracé à la pelle… Ici, il faut tout accepter, sinon il ne faut pas venir ».

Rester doryphore

Et à Saint-Paul, on a la mémoire longue. Les habitants qui n’y sont pas nés resteront les « doryphores », du nom de ces insectes ravageurs de champs de pommes de terre, un surnom qui avait également été donné aux Allemands durant la Seconde Guerre mondiale: ils volaient le pain de la bouche aux habitants.

Pas la peine de penser qu’en épousant un natif le stigmate disparaîtra: on devient alors « pièce rapportée ». Une promotion.

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Des agneaux en Espagne

De Saint-Paul, où ils passent l’été, Christelle, la bergère, et son compagnon Michel descendront le troupeau vers le 15 octobre. Pour permettre à leur fils, Christophe, de rester encore quelques temps dans la classe unique de Saint-Paul.

La transhumance s’effectuera donc en camion. Il est maintenant trop tard pour franchir des cols qui risquent d’être enneigés. Pas le temps non plus de passer dix jours à marcher sur la route.

Car, si les moutons de certains bergers sont destinés à la fête de l’Aïd el Kebir, qui aura lieu le 17 novembre 2010, ce qui laisse plusieurs mois aux moutons pour se reproduire, ceux de Christelle et de son compagnon seront exportés vers l’Espagne et l’Italie, qui manquent d’agneaux en novembre et décembre. Il leur faut donc faire agneler un maximum à l’automne. Résultat : les « empoussées » sont nombreuses actuellement, certaines brebis ont encore agnelé la nuit dernière, et il n’est pas possible de les faire marcher dix jours dans cet état.

Ce sera donc le camion jusqu’aux environs de Digne, où vivent Christelle et Michel. Leur fils Christophe y retrouvera les camarades de sa deuxième école, une autre classe unique d’une quinzaine d’élèves.

En attendant, le mercredi, il passe la journée avec sa mère. Les montagnes de Fouillouse, un hameau de Saint-Paul en fond de vallée, lui servent à construire barrages, routes et ponts pour ses petits camions. Et, quand les brebis décident de rester calmes, il ouvre son cahier de devoirs pour travailler avec sa mère, assis sur une pierre plate.

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Une école numérique en haute montagne

Saint-Paul compte une classe unique pour l’école maternelle et une autre pour l’école primaire. Cette dernière est aujourd’hui « école numérique ». Des ordinateurs sont mis à disposition des élèves pour leurs travaux, et un grand écran leur permet de suivre les projections de photos, de vidéos et de tous les autres supports pédagogiques.

L’insituteur, Denis Casanova, montre ici à la quinzaine d’enfants de sa classe les photos que Jacques Winderberger a prises à Saint-Paul dans les années 80.

Les écoliers lèvent la main pour indiquer les personnes et les lieux qu’ils reconnaissent. Au centre de cette image, par exemple, dans son pantalon bleu, tous reconnaissent Patrick, dit Patou, qui vit encore ici.

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