Fin de chantier – Sarcelles

Aux Sablons, à la limite de Stains, une page se tourne. Début Octobre, l’immeuble des familles Smaïli, Abel et Lopez est abattu pour faire place nette à la rénovation urbaine de la ville. Il sera remplacé par une avenue large et aérée qui facilitera la circulation entre les quartiers.

Avec cette démolition ce sont cinquante années de souvenirs, parfois gravés jusque dans les murs qui disparaissent.

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Revue de presse : Patrimoine en Val de France, Sept 2010

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Première restitution


AFFICHE RESTIT

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Ne tirez pas sur le machiniste !

Christophe entame son dernier tour. Il est 10H45 à la gare RER de Sarcelles. Les voyageurs rentrent un à un, habitants du grand ensemble ou du vieux village. « Des habitués, qui prennent toujours le bus à la même heure, des gens qui reviennent du boulot, des jeunes qui vont au lycée rousseau ou tourelle, des vieux qui vont au marché », dixit Christophe.

Originaire du quartier Camille Saint-Saëns, il tourne en boucle dans sa ville, à l’image de son bus, après 14 années passées à faire la 368. «  Lorsque je suis rentré à la régie, on m’a dit : t’es puni, t’as fait quelque chose ? Non j’étais content. Ici, c’est chez moi. Le 368 je le prenais étant jeune. C’est ma ligne, celle que je préfère, car elle ne fait que sarcelles. Quant t’entends parler de sarcelles, c’est le 368 ».

Le bus démarre. Le machiniste a commencé à 5H30 du mat’. La route déroule son long bandeau d’asphalte, accompagné des noms des stations qui défilent. Le soleil perce à travers les vitres. Quelques bonjours viennent casser le rythme de cette litanie. Christophe répond, poliment. Un comportement, un regard, une parole. Des petits rien qui font tout. Lui appelle cela la « méthode à l’ancienne ». Les boutons pour lancer la voix douce d’une femme qui parle pour rappeler les gens à l’ordre ne sont décidément pas son truc. « Je ne mets pas de message automatique. Je me lève et je leur parle. C’est comme la vitre, je ne la mets pas. Elle me gêne, quand les gens parlent tout doucement. Ca me fait un reflet en plus, ça m’empêche de les voir. Il y a des collègues, qui la mettent pour être tranquille ou qui ne regardent pas les gens, moi c’est le contraire ».

Savoir se conduire plus que savoir conduire, là est la difficulté du métier de chauffeur de bus. « Une fois, j’attends un mec, Le gars je ne l’avais pas vu, il pensait que je l’avais fait exprès. Il finit par monter et m’insulte copieusement en plus. J’ai mis un coup de frein, terminus tout le monde descend. Tu ne veux pas partir, tant que t’es dans le bus, on reste la, j’ai dit. Il a fini par se barrer et j’ai récupéré les voyageurs. Je peux pas laisser passer ca, j’étais obligé de réagir, sinon on va dire ce conducteur c’est un blaireau, il ferme sa gueule et le lendemain un autre va te refaire la même scène ».

Seul dans sa cabine, le machiniste est une vigie, un point fixe dans l’horizon urbain sur lequel se concentrent les tensions lorsqu’elles apparaissent. «  Les gens rentrent le soir, ils ont passé une mauvaise journée, loupé leur train et c’est nous qui prenons. Ici on aime pas deux choses : les flics et les gens de la RATP. Pour eux, on est l’ETAT, les représentant du service public. Le matin je suis comme eux, j’ai pas envie d’aller bosser, je suis pas une machine. Mais je porte l’uniforme. Alors, pour tenir psychologiquement, il faut savoir tout faire, chauffeur, assistante sociale pour déminer les conflits. »

L’escorte des bus par la police, comme à Tremblay, le laisse perplexe. « Ce qui me dérange c’est le mot peur. Tu peux avoir une appréhension, mais je ne veux pas aller au boulot avec la peur. Sinon je ne ferai pas ce métier la. Il faut avoir un caractère fort pour faire ça et je me suis forgé un caractère en vivant ici. Je sais comment ça marche. Les accrochages, les petites insultes. On se jauge, on se teste, c’est comme ça ici ».

Parfois, la violence fait irruption dans le bus. Comme en 2009, lorsqu’un conducteur s’est fait tirer dessus. La balle avait traversé la cabine, sans faire de blessé. « Cela faisait longtemps que c’était pas arrivé. Il y a aussi des règlements de compte entre quartiers et le point de ralliement c’est la gare. Des gens sont montés dans le bus avec battes de baseball, des barres de fer. A mon époque, c’était déjà ca. Les punks contre les rockers. Ils s’attendaient et se tapaient dessus à la fin. Ce qui est plus dur maintenant, c’est que des gars rentrent avec des armes ».

Christophe habite maintenant un coin tranquille, du côté de Chantilly. Une vie de famille, des enfants qu’il retrouve après son service. « J’ai plein de potes qui quittent Sarcelles. Les loyers sont super cher, les impôts locaux aussi. A un moment tu ne peux plus. Mes enfants, je les emmène de temps en temps ici et je leur fais voir ce qu’on a vécu. Les immeubles, le parking où on jouait au foot. Je leur dis aussi de ne pas se laisser faire. Sinon ils vont tout le temps se faire dépouiller. Tu y vas, tu mets le pied dedans. Ils n’ont pas grandi dans une cité. Je ne voulais pas. Pourquoi je reste ici ? Je pourrais dire j’ai donné. Ben non je reste à Sarcelles. Ca marque. J’aime bien mes petits voyous. Ils ne sont pas méchants. J’ai fait des conneries ici, moi aussi, faut pas croire. On a tous fait des conneries, et puis je suis passé à autre chose. »

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A la rencontre de Monique

Nous avons rencontré Monique Hick-Cozic par l’intermédiaire de l’association du côté des femmes. Lors de nos ateliers, Monique voulait s’intéresser à la condition des femmes handicapées. Militante du droit à l’indépendance de ces personnes, elle rend fréquemment visite à une autre Monique, une sarcelloise handicapée depuis le plus jeune âge. Voici le texte qu’elle a écrit en atelier pour retranscrire leur rencontre.

Rendez-vous est donné pour lundi après midi. Monique, je ne l’ai pas revue depuis un mois. Engagées dans les mêmes commissions municipales, unies par la même cause, le handicap, nous nous rencontrons de temps en temps, lors des commémorations de rigueur, sans vraiment nous connaître. Je n’ai jamais vraiment osé lui poser des questions sur elle, d’habitude ce sont les autres qui nous intéressent. Mais là c’est différent, j’ai ma casquette de reportrice. Espérons qu’elle soit chez elle.

Connaissant le quartier » CHANTEPIE », je me rends donc à l’adresse donnée. Ceinturé de longs immeubles et de magasins fermés, le parvis de la Pyramide de « Chantepie » est désert, à part quelques pigeons qui se baladent sur le sol. Seules quelques mamans et quelques personnes âgées se promènent, à côté des enfants, qui rient, jouent, courent comme tous les mômes. C’est une belle journée.

Arrivée au hall d’entrée, je sonne. « MONIQUE » ayant du mal à se déplacer, j’attends, avant de sonner à nouveau. « C’est ouvert ! Entre ». Dans la salle de séjour éclairée par une large baie vitrée, elle s’avance et me désigne un siège devant la table de salle à manger. « Je t’embrasse pas, mais le cœur y est, j’ai un gros rhume ! », lui dis-je.

L’entrée dans la salle de séjour est très éclairée par une large baie vitrée. MONIQUE s’avance, me suit, avant de me désigner un siège devant la table de salle à manger. L’endroit reflète un lieu non disposé davantage disposé par la volonté de vivre debout que par son handicap la conséquence d’une poliomyélite contractée à l’âge de trois mois. Le fauteuil roulant est bien présent, mais les étagères et les meubles sont à hauteur normale.

Je lui demande si elle a toujours été active. « Oui me répond-elle. Quand je suis arrivée à Sarcelles, en 1986, je travaillais aux Flanades, à temps plein, dans la fonction publique. J’ai commencé en 1968. Cela a été facile au début, mais la réalité, celle d’un frein, a fini par me rattraper de toute évidence » me fait elle part.

Pourquoi ? « L’impossibilité de postuler pour avoir un stage par exemple, vu l’éloignement du centre de formation de mon travail et donc de mon lieu de vie. Et puis je n’ai jamais pu faire d’études. C’était chose impossible pour les femmes de ma génération. Car à l’époque, l’accessibilité aux universités était inexistante ».

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A la rencontre de Monique (2)

Suite du texte de Monique Hick-Cozic:

On l‘aura compris : Monique est une femme qui a toujours dû lutter. Pour garder sa liberté de choix, pour pouvoir se déplacer, pour ses amours aussi. Elle raconte : « La majorité était alors à 21 ans et ma mère ne voulait pas que je me marie, vu mon handicap ! Mais j’ai tenu tête ! Et j’ai réussi à faire front ! Ce n’est que lorsque le premier enfant est arrivé que les rapports avec ma mère se sont assouplis ! ».

Au début, je voulais donc l’accompagner dans ses déplacements pour en rendre compte. Femme dynamique, Monique a toujours eu le souci de ne pas paraître dépendante. C’est même ce qui fait sa fierté. Cela passait pour elle par un engagement associatif fort, à l’Association malades et infirmes. Puis au conseil des aînés citoyens et à la commission accessibilité de la ville de SARCELLES enfin.
Mais en ce moment, elle n’est pas en forme, de son propre aveu. Assise sur son fauteuil, elle peste : « j’ai mal au dos au bout d’un moment dans ce fauteuil ». Finit par se relever à grand peine et s’assoit dans un siège plus rigide, laissant ses cannes à ses côtés. « Le handicap me rattrape », dit-elle.

Comme pour couper court à cette scène, elle allume la radio, après avoir éteint son téléviseur. Sur France culture, l’animateur annonce Verdi. La douce musique nous enveloppe peu à peu. « Tu sais, confie-t-elle, pas peu fière, si le hasard veut que je sois en fauteuil roulant, les anciens du quartier – ceux qui me voient à longueur d’année debout en cannes anglaises – s’inquiètent ! Ils me demandent : quelque chose ne va pas Monique ? ». Elle rit, je souris.

Je finis par lui demander comment elle fait pour se déplacer, elle qui adore marcher, vaille que vaille. « Le centre des ROSIERS peut bien s’appeler social. Il reste inaccessible, finit-elle par dire. A partir de Chantepie, il faut passer par les Merisiers, son chemin de sable, ses graviers, ses cailloux, puis la rampe et l’escalier en contrebas du quartier ».

Quant aux transports en commun, les trottoirs – inexistants à certains endroits – ne lui permettent pas de monter dans le bus. « A la gare de St Brice, les quais ne sont pas aménagés pour le nouveau Transilien. On ne peut ni y monter ni en sortir, car la marche est trop haute. La dernière fois il a même fallu me pousser puis me tirer !» Monique rit et moi aussi, visualisant la situation. Il n’y a pourtant pas de quoi ! « C’est la vie ! », me dit-elle.

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