Sur la route qui relie l’ancien et le nouveau Sarcelles, passé une longue succession d’enseignes publicitaires, se trouve un no man’s land. Née du fait que le grand ensemble fut construit à l’écart de la vieille ville, cette zone inhospitalière est aujourd’hui un couloir traversé de lignes à haute tension.
C’est pourtant là, au bout d’un chemin parsemé de tapis, que se trouve le « jardin ». Une trentaine de personnes, principalement des antillais, ont fait de quelques baraquements sans eau ni électricité leur résidence secondaire, parfois depuis une vingtaine d’années. Habitants de Sarcelles ou de Saint-Denis, fonctionnaires, employés à Roissy ou retraités, ils viennent ici passer leur week-end entre copains.
Chez Baptiste, militaire à la retraite et amoureux de sa voisine de parcelle, Nadia, on reçoit les amis de passage, Frank, un martiniquais, et José. Un peu plus loin, des guadeloupéens aménagent à la bougie leur baraque faite de bric et de broc en prévision du jour de l’an… tandis que « Tatie » décore de madras les tables et les murs de sa « buvette », où se rencontrent autour d’un punch les habitants de ce « camping informel ». Une petite cuisine aménagée, quelques légumes, un poulailler suffisent à donner une âme au lieu.
Lors de sa construction, le nouveau Sarcelles avait suscité des débats passionnés. La « Sarcellite » encore appelée maladie des grands ensembles, guettait ses habitants, qui semblaient à l’époque voués à l’ennui et à la dépression.
Le jardin montre pourtant que dans les moindres espaces laissés vacants, la vie peut prospérer, qu’il est possible de se réapproprier un territoire pour en faire le sien, malgré ses handicaps initiaux. Le détruire reviendrait à briser des solidarités qui ont mis des années à se forger. Problème qui se pose aussi lors des opérations de rénovation urbaine.