Suite du texte de Monique Hick-Cozic:
On l‘aura compris : Monique est une femme qui a toujours dû lutter. Pour garder sa liberté de choix, pour pouvoir se déplacer, pour ses amours aussi. Elle raconte : « La majorité était alors à 21 ans et ma mère ne voulait pas que je me marie, vu mon handicap ! Mais j’ai tenu tête ! Et j’ai réussi à faire front ! Ce n’est que lorsque le premier enfant est arrivé que les rapports avec ma mère se sont assouplis ! ».
Au début, je voulais donc l’accompagner dans ses déplacements pour en rendre compte. Femme dynamique, Monique a toujours eu le souci de ne pas paraître dépendante. C’est même ce qui fait sa fierté. Cela passait pour elle par un engagement associatif fort, à l’Association malades et infirmes. Puis au conseil des aînés citoyens et à la commission accessibilité de la ville de SARCELLES enfin.
Mais en ce moment, elle n’est pas en forme, de son propre aveu. Assise sur son fauteuil, elle peste : « j’ai mal au dos au bout d’un moment dans ce fauteuil ». Finit par se relever à grand peine et s’assoit dans un siège plus rigide, laissant ses cannes à ses côtés. « Le handicap me rattrape », dit-elle.
Comme pour couper court à cette scène, elle allume la radio, après avoir éteint son téléviseur. Sur France culture, l’animateur annonce Verdi. La douce musique nous enveloppe peu à peu. « Tu sais, confie-t-elle, pas peu fière, si le hasard veut que je sois en fauteuil roulant, les anciens du quartier – ceux qui me voient à longueur d’année debout en cannes anglaises – s’inquiètent ! Ils me demandent : quelque chose ne va pas Monique ? ». Elle rit, je souris.
Je finis par lui demander comment elle fait pour se déplacer, elle qui adore marcher, vaille que vaille. « Le centre des ROSIERS peut bien s’appeler social. Il reste inaccessible, finit-elle par dire. A partir de Chantepie, il faut passer par les Merisiers, son chemin de sable, ses graviers, ses cailloux, puis la rampe et l’escalier en contrebas du quartier ».
Quant aux transports en commun, les trottoirs – inexistants à certains endroits – ne lui permettent pas de monter dans le bus. « A la gare de St Brice, les quais ne sont pas aménagés pour le nouveau Transilien. On ne peut ni y monter ni en sortir, car la marche est trop haute. La dernière fois il a même fallu me pousser puis me tirer !» Monique rit et moi aussi, visualisant la situation. Il n’y a pourtant pas de quoi ! « C’est la vie ! », me dit-elle.


