A la rencontre de Monique (2)

Suite du texte de Monique Hick-Cozic:

On l‘aura compris : Monique est une femme qui a toujours dû lutter. Pour garder sa liberté de choix, pour pouvoir se déplacer, pour ses amours aussi. Elle raconte : « La majorité était alors à 21 ans et ma mère ne voulait pas que je me marie, vu mon handicap ! Mais j’ai tenu tête ! Et j’ai réussi à faire front ! Ce n’est que lorsque le premier enfant est arrivé que les rapports avec ma mère se sont assouplis ! ».

Au début, je voulais donc l’accompagner dans ses déplacements pour en rendre compte. Femme dynamique, Monique a toujours eu le souci de ne pas paraître dépendante. C’est même ce qui fait sa fierté. Cela passait pour elle par un engagement associatif fort, à l’Association malades et infirmes. Puis au conseil des aînés citoyens et à la commission accessibilité de la ville de SARCELLES enfin.
Mais en ce moment, elle n’est pas en forme, de son propre aveu. Assise sur son fauteuil, elle peste : « j’ai mal au dos au bout d’un moment dans ce fauteuil ». Finit par se relever à grand peine et s’assoit dans un siège plus rigide, laissant ses cannes à ses côtés. « Le handicap me rattrape », dit-elle.

Comme pour couper court à cette scène, elle allume la radio, après avoir éteint son téléviseur. Sur France culture, l’animateur annonce Verdi. La douce musique nous enveloppe peu à peu. « Tu sais, confie-t-elle, pas peu fière, si le hasard veut que je sois en fauteuil roulant, les anciens du quartier – ceux qui me voient à longueur d’année debout en cannes anglaises – s’inquiètent ! Ils me demandent : quelque chose ne va pas Monique ? ». Elle rit, je souris.

Je finis par lui demander comment elle fait pour se déplacer, elle qui adore marcher, vaille que vaille. « Le centre des ROSIERS peut bien s’appeler social. Il reste inaccessible, finit-elle par dire. A partir de Chantepie, il faut passer par les Merisiers, son chemin de sable, ses graviers, ses cailloux, puis la rampe et l’escalier en contrebas du quartier ».

Quant aux transports en commun, les trottoirs – inexistants à certains endroits – ne lui permettent pas de monter dans le bus. « A la gare de St Brice, les quais ne sont pas aménagés pour le nouveau Transilien. On ne peut ni y monter ni en sortir, car la marche est trop haute. La dernière fois il a même fallu me pousser puis me tirer !» Monique rit et moi aussi, visualisant la situation. Il n’y a pourtant pas de quoi ! « C’est la vie ! », me dit-elle.

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A la rencontre de Monique (3)

Fin du texte de Monique:

Elle se lève, je la prends en photo debout, son sourire, son lieu de vie, chaleureux, est fidèle à elle-même. Bercé par la musique classique, la confiance, tout est calme et serein, comme deux amies qui goûtent au moment présent.

Et pourtant, quelque chose l’inquiète. Son arrivée dans le quartier il y a vingt quatre ans lui fait prendre conscience qu’il y manque maintenant quelque chose. « Le quartier était plus vivant, il y avait une amicale des locataires ; cela c’est dégradé, la vie collective était plus vivante » ! Cela a commencé lorsqu’elle a dû renoncer à se rendre au conservatoire de musique.

« Je n’avais plus personne pour m’amener au cours de chant et aux répétitions. Et l’hiver, je ne sors même plus avec la neige et le verglas ! C’est une association qui m’apporte mes courses ». Avec l’âge, le handicap compte double. Ce n’était pas comme ça avant. « Le tissu social dans le quartier se délite, il y a un manque de solidarité évident et l’individualisme prend le pas, c’est flagrant », finit-elle par regretter.

Son mari nous rejoint et me remplace pour prendre la photo ; car je ne suis pas du tout à l’aise avec l ‘appareil ne sachant pas enclencher le flash au bon moment ! Fou rire partagé. Peu après je suis sortie toutes ces choses en tête et je me suis promenée autour de CHANTEPIE. Là j’ai pris les dernières photos des magasins, certains d’entre eux fermés sine die, pour la mémoire, avant qu’ils ne soient remplacés par un centre commercial encore en construction et plus lointain.

Encore un frein de plus à l’accessibilité. Dommage ! CHANTEPIE je t’ai connu plus vivante auparavant et depuis la destruction de ton école, Monique ne fait plus de lecture aux tous petits, ni même aux plus grands. Ne restent que des préfabriqués pour les primaires et maternelles, dans lesquels elle se rend encore de temps en temps pour voter, malgré tout ce qui s’est passé. C’est sa manière à elle de continuer à lutter contre ce handicap qu’elle ne peut vaincre seule, cette fois-ci : l’isolement.

Monique HICK – COZIC

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Jacques Windenberger à sarcelles – Années 90

En 1992 et 1994, Jacques Windenberger revient à Sarcelles pour réaliser un travail photographique à l’occasion de l’anniversaire de la création du Grand Ensemble. Lors de son reportage en 19994, il suivra la vie de quatre familles.

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Jacques Windenberger à Sarcelles – Années 60

En 1959, Jacques Windenberger s’installe dans le nouveau quartier des Lochères, alors en plein chantier, à Sarcelles.

Pendant dix ans il y photographiera la vie quotidienne de ses habitants. Ses voisins tout simplement.

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Babylon by bus

6H44 ce matin. Le 368 démarre avec Christophe au volant. Assis derrière, nous attendons qu’il se remplisse. Pas facile d’aborder les gens dans le bus, il faut d’abord se présenter. Je distribue donc des tracts à l’entrée expliquant notre projet. Réactions partagées entre l’indifférence et la curiosité. D’emblée, le port du casque de baladeur interdit tout contact, signe qu’il faut là passer son chemin. C’est le départ au travail, direction la zone industrielle ou le RER. Et à cet instant, les quelques minutes de tranquillité du trajet sont un décompte avant le stress de la journée.

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Un peu plus tard dans la matinée, cependant, je m’assois à côté d’une famille bengalie. Le jeune homme me demande des explications. Qui sommes nous ? Que venons-nous faire ici ? Je lui explique le principe de ces rencontres et ce que nous voulons en faire : l’exposition dans le village de Sarcelles, salle Berrier, puis le webdocumentaire, où chacun pourra construire son trajet et partant de là découvrir la ville et ses habitants. « C’est une bonne idée. », finit-il par me dire. « La 368, c’est la ligne qu’empruntent tous les Sarcellois ». Lui-même habite ici depuis 1984. « Mes parents ont émigré après les troubles nés de la partition entre le Pakistan et le Bengladesh, lorsque j’avais 4 ans ». Il habite encore chez ses parents, mais va bientôt déménager du côté de Pierrefitte. Avec sa femme, ils attendent un enfant, leur premier. « J’aurais voulu rester à Sarcelles, au village, mais c’est trop cher pour nous », regrette le jeune homme qui travaille comme réceptionniste dans un hôtel parisien, la nuit. Ses racines sont ici, mais comme beaucoup de jeunes, son avenir le porte en dehors de Sarcelles.

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Terminus, tout le monde descend. Des lycéens attendent sur le quai, pressés de se rendre à Jean-Jacques Rousseau. Un autre tour commence, très différent du premier. D’autres rencontres, aussi.

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Un samedi soir aux jardins

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