L’homme qui entra dans l’usine, à cheval.

Loulou, c'est lui.

Devant la Poste dans le quartier de la Jonquière se trouve une énorme meule de pierre. « Elle est dans mes cauchemars, dit Louis Barnes en nous la montrant, je rêve qu’elle m’attrape » Il faut dire que Louis Barnes ne l’a pas toujours connue plantée-là, dans le gazon, aussi lustrée qu’inoffensive, mais mâchant et broyant, dans l’usine de carton où son père, fils d’émigrants espagnols, travailla toute sa vie.

Le cheveu court et blanc, l’œil bleu, la démarche souple et vive, « Loulou » comme on l’appelle ici est suffisamment âgé, il a 65 ans, pour avoir connu et aimé le Fos d’avant et suffisamment jeune pour avoir contribué à la construction, comme conducteur d’engins, aux travaux pharaoniques qui devaient changer son terrain de jeu en l’une des premières zones industrielles françaises.

« Au début on n’a pas réalisé ce qui nous arrivait. Il nous a fallu beaucoup de temps pour le comprendre. » La transformation est là, radicale. Mais des friches, des espaces demeurent, et Loulou qui, sur l’injonction de son père est entrée à « la Sollac » continue de les parcourir à cheval. Est-ce pour rappeler aux nouveaux propriétaires des lieux, ses employeurs, qui avant eux avait l’usage de ces marais, de ces costières – espaces tampon d’une grande richesse naturelle -, de ces landes ? A-t-il servi de messager inconscient au monde sauvage ? Toujours est-il qu’un beau jour, suite à un pari, c’est en selle qu’il franchit le portail de l’usine. S’ensuit une explication surréaliste avec le chef de la sécurité qui, selon son protagoniste, aurait donné à peu près ceci :

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Le responsable manqua de s’étrangler, Loulou frôla le licenciement et l’hypermodernité ne voulu rien savoir de l’hippotraction…

Opposant acharné à de nouvelles implantations industrielles polluantes, Louis Barnes ne refuse pas pour autant les changements qui bouleversèrent son univers. Historien amateur, fouilleur d’archives et interviewer passionné, il cherche au contraire à en conserver toutes les traces afin, dit-il, « de mieux envisager l’avenir ». Tout en pratiquant le VTT descente, sa nouvelle passion, en participant à de multiples associations, il a ainsi pris le temps d’écrire un livre : Fos-sur-Mer, les métamorphoses. A paraître en Novembre.

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