
Claire Roussey est artiste. Après ses études aux beaux-arts d’Aix-en-Provence, toute jeune maman, on lui propose d’occuper un cabanon coquet donnant sur la mer. Claire connaît l’endroit pour y avoir passé de nombreuses vacances auprès de son père, lequel tient le shipchandler du port de plaisance de Fos-sur-Mer
Pourtant, quand à 24 ans, elle s’installe avec Noé, son petit garçon, c’est le choc. Devant sa terrasse, certes le sable, certes l’eau bleue, mais aussi, tout proche, un autre front de mer : Gaz de France, Arcelor-Mittal, Esso…
« Au début j’étais en révolte contre ce paysage, la pollution qu’il supposait, les espaces qu’il avait recouvert. J’avais envie de mettre des bombes. Ou de tout repeindre aux couleurs de l’arc-en-ciel. Et puis je me suis calmée. J’ai commencé à voir autre chose. »
Aux différentes heures de la journée, selon les différentes lumières, Claire prend son panorama en photo. Jour après jour, elle capte les changements, enregistres ses surprises. Ce matin trois cheminées se sont mises à cracher des fumées en même temps. L’une bleue, l’autre blanche et la troisième rouge. Mieux que la patrouille de France.
« Faire ce travail photographique m’a aidé à digérer, à me raisonner, à me dire que tout cet équipement servait à fabriquer et à faire fonctionner les voitures et les objets que nous consommons » raconte l’artiste. Elle n’est pas la seule. Une exposition présentée à la médiathèque de Port-de-Bouc montre les « couchers de soleil industriels » que Marie-Thérèse Gabison a photographiés depuis la fenêtre de sa cuisine. « Une véritable passion, dit-elle. Quand je regarde les cheminées et les cuves en ombre chinoise, je vois apparaître toutes sortes de formes inattendues. »
D’autres témoignages rapportent une inclination particulière pour le spectacle nocturne. Mille lumières et néons. Décorations de Noël installées à l’année pour les enfants, « rave-partie géante » pour les fêtards, tableau abstrait, chacun y trouve ce qu’il veut.
Changer son regard est une chose, accepter l’implantation de nouvelles installations en est une autre. Surtout quand il s’agit d’un incinérateur. Un tel équipement destiné à traiter une partie des déchets ménager de la Communauté Urbaine de Marseille a été implanté en 2009. Il a suscité de vives réactions de la part des Fosséens, des manifestations. Claire et Noé en étaient.


Claire Roussey
/ 12 octobre 2010Bravo journaliste, Donatien et photographe, Hélène pour votre projet qui par le biais de la Médiathèque de Fos insuffle une bonne énergie aux citoyens…
Et Merci!!! : )