Lui va partir
Lui, je ne me souviens plus où il est allé
Eux, on n’a jamais plus entendu parler d’eux
Longue litanie des noms des délogés, expulsés, indésirables
Chapelet d’histoires tristes,
D’intérieurs bouleversés
De cages d’escaliers dévastées
Alignements d’immeubles fantômes
Panneaux de chantiers, palissades menteuses
Murs noircis, grilles baissées, portes cadenassées, volets clos
Une fenêtre est allumée au 4ème étage c’est la seule
Survivance encerclée de vide, survie ou rebellion?
Puzzle incomplet pour une première journée
Que reste-t-il de la rue de la République entre le vieux port et la place de la Joliette, de ce kilomètre percé dans la colline des Carmes pour y bâtir une rue et mener le bourgeois à la conquête des bastions ouvriers? L’histoire inachevée d’une grande partie de Monopoly en passe d’être gagnée, comme toujours, à l’usure, par ceux qui ont déclenché la guerre. L’histoire aussi de résistances conjuguées à tous les temps qui continuent de tenir tête à l’arrogance de l’argent. A la place des liens du quartier, du village et du voisinage s’est tissée une solidarité née du combat et d’une peur commune à 600 familles de devoir plier bagages après parfois une vie entière dans cet immeuble, à cet étage, entre ces murs. La rue de la République, « spéculateurs contre locataires » est un théâtre de personnages qui jouent sinon leur vie, souvent leur maison. La pièce dure depuis bientôt dix ans.


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