J’y suis, j’y vis, j’y reste, je ne veux pas être relogée

Contrairement à quelques ruines voisines, l’immeuble est en bon état. Mais sur sa façade blafarde, pas de linge, pas de fleur, aucun volet ouvert. La porte d’entrée régulièrement forcée est doublée d’un panneau d’acier. L’ascenseur fonctionne, ce qui évite aux visiteurs du 4ème étage de  constater en montant les marches que toutes les portes des niveaux intermédiaires sont murées. Incroyable ailleurs, l’histoire de Blanche est d’une triste et grande banalité dans le quartier. A 64 ans, elle occupe seule un immeuble de 13 appartements, déserté  par tous ses voisins, partis les uns après les autres en cinq ans, de leur plein gré, relogés par des bailleurs sociaux ou usés par l’incertitude.

Jeune mariée, en 1964, jeune mère, jeune divorcée… Infirmière de nuit pendant 40 ans à l’Hôtel Dieu puis à la Timone, sa vie de femme tient toute entière dans ces 80 m2 aménagés et tenus avec soin. Son bail « loi 48″ signé en 1967 la protège théoriquement de toute expulsion, à moins d’être relogée dans le même quartier au même prix. Pas de pression, pas de lettre, pas de menace, Blanche n’a pas subi comme certains de ses voisins les méthodes de « cow boys » des propriétaires. L’attente est presque pire. « Je n’ai rien demandé à personne, je voulais juste rester chez moi, j’aurai même été prête à racheter l’appartement, j’avais de quoi. Je ne veux pas être relogée, je veux être indemnisée ». Pas de réponse côté propriétaire qui lui envoie chaque trimestre relevé de loyers et de charges payés rubis sur l’ongle. 300 euros par mois tout compris, un prix imbattable. Les immeubles une fois rénovés sont loués à plus de 12 euros par m2, le même appartement couterait trois fois plus cher.

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