« Le dernier des Mohicans »

Véronique Le Scaon, 48 ans. En dix mots-clefs.

Famille : « Je suis née dans une famille de maraîchers. Mes grands-parents, mon oncle et ma mère exerçaient ce métier. C’est à l’âge de 15 ans que j’ai fait mes premiers marchés. Et puis j’ai fini par reprendre l’exploitation familiale. »

Légumes : « On a 6,8 hectares de terre. On cultive de tout : des choux, des pommes de terre, des tomates, des courgettes, des betteraves, du céleri, des côtes de blettes, des potirons et des potimarrons. Les vendredis matins, on vend directement nos produits dans notre ferme de Porzembreval. Les samedis matins, on fait le marché de Quimper. Et une fois par mois, on propose des paniers. »

Vieux : « On s’est aussi mis à cultiver de vieux légumes, comme des topinambours ou des panais, parce que de plus en plus de jeunes nous en demandent. »

Transmission : « On a trois enfants, de 23, 22 et 16 ans. Mais aucun qui veut reprendre l’exploitation. Il y en a un qui veut devenir professeur, l’autre paysagiste et le troisième vétérinaire. »

Labeur : « Je travaille avec mon mari, retraité de l’Ifremer. Les jeunes ne veulent pas nous succéder parce que c’est un métier trop dur physiquement. On est tout le temps le dos courbé. Et on a parfois de mauvaises surprises : comme cette année, quatre mois sans eau, de juin à septembre. A cause de la sécheresse, on a perdu 2500 plants de céleris : tous grillés. On a eu aussi des choucas qui, en une seule nuit, nous ont volé 1500 mini-mottes de salades. »

Chou-fleur : « Si j’aime mon métier ? Déjà, j’aime ce coin de terre face à la mer. Et travailler dehors, au milieu de la nature. » Son mari, Philippe, la taquine gentiment : « Oh, toi ! Tu es née dans les choux-fleurs. »

Tradition : « On pratique une agriculture raisonnée, traditionnelle : sans désherbants et le moins d’insecticide possible. C’est pas possible ici de faire du bio : nos terres, disséminées un peu partout sur la commune de Plozevet, sont trop proches de champs de maïs cultivés avec des engrais chimiques et des pesticides. » Son mari intervient : « A bord des bateaux, j’en ai mangé des légumes de merde. Les choux fleurs de l’agriculture intensive quand on les cuit dans l’eau et bien elle devient d’un drôle de vert. »

Goémon : « Avant, on utilisait le goémon comme engrais naturel. Sa récolte tombait juste bien pour préparer la terre, en avril-mai, avant les plantations. Mais depuis quelques années, c’est décalé, le goémon arrive trop tard. »

Salé : « Mon oncle disait que de faire pousser des légumes au bord de la mer, ça leur donnait un meilleur goût. »

Mohican : « Jusque dans les années fin 1970 – début 1980, les 7 kilomètres de côte de Plozevet étaient longées de maraîchages. Les habitants avaient surnommé ces terres « le croissant d’or ». Il y avait 88 exploitations. Il ne reste plus que la nôtre. On est le dernier des Mohicans ».

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4 commentaires

  1. palpitant. Mais, lisez un peu ça :
    « La Bretagne est la région qui a le développement économique le plus intelligent, c’est la région française qui a le plus d’avenir. » C’est en tout cas ce que pense le directeur de l’agence d’intérim que nous avons rencontré à Fos-sur-mer, un lorrain, témoin de la désindustrialisation dans l’Est et qui ne donne pas cher de l’avenir industriel de Fos. Donnez-nous des nouvelles…

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