
Christopher arrive au Café des sports avec un paquet de croissants. Nous voyant au comptoir, sa mère, la serveuse, l’a tiré du lit ! Il commande un chocolat chaud. Serre des mains. Interpelle un joueur, membre, comme lui du Ping-Pong Club de Plozevet :
- J’ai vu un vieux qui te connaissait.
- Tu dis ça parce que je suis vieux ?!
- Non, parce qu’il est connu.
Nous rejoint. Et allume son ordinateur pour nous faire voir ses photos de BMX-dirt prises dans le bois de Plozevet, où, avec deux copains, il a aménagé un circuit. De notre côté, on lui montre les photos de Jacques Windenberger prises en 1962. Il les découvre, avec ses yeux de jeune de 18 ans.
Recueil de ses réflexions, en roue libre : « Ah, c’était comme ça Plozevet ! Oh là là ! Mais ça a drôlement changé. Ça a grandi trop vite. Les gens devaient avoir une vie plus dure dans ces années-là. Maintenant, quand on a un problème, on a tout ce qu’il faut pour le résoudre. En même temps, à l’époque, comme il y avait peu de choses, ils se rassemblaient tous autour. Par exemple, ils se voyaient tous à l’église, ça crée des liens. Et puis, comme tout le monde était dans la religion, il y avait une morale à respecter. Moi, je n’aime pas nos années, là. Je vois, au lycée, où je suis à Quimper, c’est foutage de gueule sur foutage de gueule, on se fout la honte. On s’entraide pas. A Plozevet, par exemple, c’est la bande de ceux qui jouent au foot contre celle qui jouent au ping-pong. J’aimerais partir loin, en Australie. Quand je suis revenu d’un stage que j’ai fait chez des architectes en Suisse – c’était la première fois que je voyageais – j’étais plus mâture. Là-bas, ce que j’ai bien aimé, c’est que chacun s’occupe de soi mais tout le monde s’entraide. Par contre, qu’est ce que c’est cher. Le paquet de céréales, par exemple, j’en revenais pas ! Ce que je n’aime pas non plus, dans nos années, là, c’est que les filles sont de vrais garçons manqués. Hier, pendant les manif’ contre les retraites, j’ai vu des meufs lancer des cocktails Molotov. Y’en a, c’est des vraies racailles. C’était baston sur baston. A quoi ça sert cette violence ? En plus, je suis sûr qu’il y en a qui ne connaissent même pas l’enjeu. On ferait mieux, quand on n’est pas d’accord, d’aller voir la République ou je ne sais pas quoi. Ecrire une lettre. J’avais par exemple fait une demande à la mairie pour qu’ils installent un skate park. Bon, j’ai dû attendre trois ans, j’ai failli péter les plombs, mais maintenant on l’a. »