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Bye bye l’Ubaye

Le projet Gueule d’Hexagone, c’est six tandems -photographe et journaliste- pour six territoires. Nous avions choisi Saint-Paul-sur-Ubaye, un village de montagne.

Une vallée de migrations

C’est là que nous avons cherché Francis le berger, pour finalement trouver Georges, puis Christelle, qui descendent leurs moutons pour l’hiver. Christelle les vendra à l’Espagne et à l’Italie. Georges les destine à la fête de l’Aïd. Une source de revenus pour la commune, qui loue des terres aux bergers.

Mais ce n’est pas suffisant, le village peine à survivre économiquement, tandis que les services publics partent un à un. Les subventions lui sont nécessaires. Et le tourisme vital. Comme l’arrivée de nouveaux habitants.

C’est là que nous avons compris que les migrations font partie de l’histoire de Saint-Paul, même si elles ne sont pas toujours bien vécues

La vallée des instits

Nous avons également été accueillis par la classe unique du village, celle de l’étonnante école numérique.

Et encore, nous n’avons pas parlé de l’internat d’excellence de Barcelonnette. Ni du pôle d’accueil universitaire qui doit ouvrir à la rentrée prochaine également à Barcelonnette: il portera sur les risques naturels puisque la vallée s’y connaît en avalanches, glissements de terrain et changements climatiques.

Notre résidence de repérage se termine. Nous allons maintenant, à tête reposée, identifier un sujet que nous avons envie d’approfondir et revenir pour le traiter à fond.

Les paris sont ouverts, faites vos jeux.

A venir à Saint-Paul

  • 13 et 14 février 2011: le Winter Ubaye Salomon. Courses à pied, dont une nocturne sur le domaine skiable de Sainte-Anne.
  • juillet 2011: les Agriculturelles: journées d’animations et de portes ouvertes des exploitations agricoles du département.
  • premier week-end du mois d’août: Trail Ubaye Salomon.
  • 2011: année du Mexique en France. La fête de Barcelonnette, au mois d’août, en hommage aux hommes de la Vallée partir faire fortune au Mexique, sera donc cette année particulièrement riche.
  • mi-août 2011: journée du Musée vivant de Saint-Paul. Ateliers ludiques, démonstrations des techniques et métiers d’autrefois, en plein air.
  • derniers samedi de septembre: foire agricole de la Saint-Michel, à Barcelonnette. Vente de brebis et ardons, ces agneaux nés en mars et élevés à l’alpage avec leur mère. Une fête ancienne remise au goût du jour voilà 9 ans par les éleveurs de la vallée.
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« Nous sommes en deçà de la viabilité économique pour nos villages »

Entrtetien avec le maire de Saint-Paul, Michel Tiran

De quoi vit le village ?

L’activité, ici, c’est le tourisme, le tourisme, le tourisme. Ca représente 85% de l’activité.

De l’activité rentable, j’entends. Car nous vivons beaucoup de subventions. A tel point que Car nous sommes en deçà de la viabilité économique pour nos villages. Comment voulez-vous faire autrement ? Un gigot d’agneau importé de Nouvelle-Zélande coûte tellement moins cher que celui élevé de France, ce n’est pas rentable de continuer l’élevage sans subventions.

Y compris pour entretenir les 22000 hectares du village ?

Oui, il nous faut goudronner les routes qui ne le sont pas, effectuer de lourds travaux. La mairie n’a pas les fonds suffisants. Or, c’est un métier de remplir de dossier de demandes d’aides. Il faudrait être technicien, architecte, génie civil, selon les sujets. Ce qui explique que certains baissent les bras.

Quel type de tourisme développez-vous ?

Actuellement, nous diversifions l’activité touristique. Avant, c’était surtout ski l’hiver et rando l’été. Mais, de plus en plus, les visiteurs cherchent d’autres activités, ils veulent varier les plaisirs. Aujourd’hui, deux guides font visiter l’été le fort de Tournoux, qui se trouvait sur la ligne Maginot. Pour l’hiver, nous avons des pistes de ski de fond, et nous allons développer des parcours « grand nord », qui allient raquettes, repérage des traces d’animaux dans la neige, repas traditionnel, etc. Nous n’avons pas fait le choix du tout ski, contrairement à la commune voisine de Vars, et il nous faut maintenant miser sur cette préservation de la nature. Sur ses 22000 ha, le village compte 30 sommets de plus de 3000 mètres.


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La 10e plus grande commune de France

Le hameau principal de Saint-Paul. C'est là que se trouve la mairie, l'église, l'école, l'épicerie, le bar, le point Poste.

Avec ses 205 km2 (20500 ha), Saint-Paul est la dixième plus grande commune de France. Un territoire immense qui flirte avec les Hautes-Alpes et l’Italie.

Un univers resté en grande partie vierge: on y dénombre seulement un habitant par km2 (contre 40000 à Paris, par exemple).

Les habitants sont répartis dans une dizaine de hameaux. Plus précisément, en quittant la départementale, le visiteur peut rejoindre trois fonds de route: en basse-vallée, sous le fort éponyme, le chemin mène au hameau de Tournoux et à ses douze habitants permanents. Parvenu à Saint-Paul, il peut filer vers Fouillouse, ou virer vers Maurin. Petite et Grande Serennes, La Barge… chaque hameau se divise encore en plus petites unités. Quelques maisons de pierre, pas plus de cinq ou six parfois, blotties les unes contre les autres.


Agrandir le plan

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Chercher Francis

- « Saint-Paul, c’est par où ?
- En prenant la direction de la montagne, vous ne pouvez pas vous tromper », nous indique d’un vaste geste de la main un apiculteur venu vendre ses miels au marché de Barcelonnette ce samedi matin.

La route pointe vers Cuneo, en Italie, par les cols. Jausiers, La Condamine. Les virages se font plus sportifs, la vallée de l’Ubaye se resserre. Les tunnels se multiplient, les voitures se raréfient. Soudain, dans un coude de la route, sur la droite, deux camions à l’arrêt. Du coup, ils cachent un panneau en bois gravé qui pourtant nous intéresse bien. «Saint-Paul-sur-Ubaye, les hameaux du bout du monde». Nous voilà arrivées. 

Depuis l’un des camions qui cache le panneau en bois, un mouton crache par-dessus bord. Un jet sûr, définitif comme un au revoir. Les moutons -quelques centaines dans les deux remorques- quittent les pâturages. De nos jours, ils descendent de la montagne en camion. Enfin, pas tous.

- « Allez vers Maljasset ! Il doit y avoir quelques bergers en montagne, qui descendent encore à pied », nous a-t-il été conseillé à La Poste. Mais sur l’identité des bergers, la localisation de leur troupeau et la date de la redescente, les avis divergent.

Maljasset, c’est l’un des hameaux du bout du monde, au bout d’une route en tous cas qui perd au fil des kilomètres son goudron en lambeaux. Difficile d’y rencontrer une âme qui vive en ce samedi après-midi. Ah, si, la propriétaire du refuge des Zélés qui, par chance, inspecte le toit de sa maison.

« – Vous voyez le replat, là-haut, au-dessous des roches vertes comme du marbre ? Il doit y avoir un berger. Il vous suffit d’emprunter le chemin qui part en face de la chapelle, de monter tout droit et, quand vous vous trouverez face à trois sentier en étoile, prenez celui du milieu. C’est simple ». Le berger s’appelle Francis. Ce sont les seules indications dont nous disposons.

Nous voilà en route. Rapidement, nos souvenirs des indications données se brouillent. A droite ? A gauche ? Où se cachent donc Francis et son troupeau ? Pas de moutons à l’horizon. Pas une clochette, pas un bêlement. Ah, tiens, si, par là… Nous quittons le sentier. Ah, non, par ici…. Nous rebroussons chemin dans les hautes herbes. Fausse route: ce sont les cloches des vaches sur le coteau d’en face, qui résonnent. « Francis ? », tente-t-on. Peine perdue. « Francis ??? », un peu plus fort. « Bêêêêêê ». Pas plus de succès.
Un randonneur descend. Joie. « Z’avez pas vu Francis ? ». Au loin, pourtant, des aboiements de chien se font entendre. Des chiens de berger ? Comment savoir ? Seule certitude, prévient Éléonore, la photographe : si un chien de berger attaque, mieux vaut se mettre à quatre pattes, et baisser la tête, pour imiter un mouton. Nous voilà bien barrées.

D’ailleurs, aujourd’hui, les seuls moutons que nous découvrirons se trouveront au-dessus de nos têtes. En plein ciel.

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