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Cloître roman aux arcades de pierre claire baigné d'une lumière de fin de journée

Idées · Patrimoine et histoire

Abbayes et monastères

L'Europe médiévale s'est en partie construite depuis quelques vallées françaises. Cluny a dirigé mille cinq cents maisons, Cîteaux en a essaimé sept cents, et il en reste des centaines d'ensembles, du plus vaste d'Europe aux ruines les plus pures.

Lecture : 7 min

Abbayes recensées
plus de 400 visitables
Plus vaste ensemble
Fontevraud, 13 hectares
Meilleure saison
avril à octobre
Durée de visite
1 h 30 à 3 h

Ce qu'il faut savoir

Deux familles dominent. Les bénédictins de Cluny, qui ont construit grand, sculpté et décoré ; les cisterciens de Cîteaux, qui ont réagi en imposant le dépouillement absolu, sans sculpture ni couleur, et en s'installant au fond de vallées isolées. Les deux styles se lisent au premier regard.

Beaucoup d'abbayes ont été vendues comme biens nationaux à la Révolution, transformées en carrières, en prisons ou en usines, puis restaurées à partir du XIXe siècle. Cette histoire explique l'état très variable des ensembles, de la ruine à ciel ouvert au site intégralement conservé.

Une abbaye se visite mieux tôt le matin, quand la lumière rase traverse les fenêtres hautes et que le silence, qui fait partie du lieu, n'est pas encore rompu par les groupes.

Les grands ensembles monastiques

  • Mont-Saint-Michel

    L'abbaye bâtie sur un rocher, avec sa Merveille gothique à trois niveaux et son cloître suspendu au-dessus de la baie.

    Manche (50) · Une demi-journée pour l'abbaye, une journée entière avec la baie, une nuit pour voir le Mont sans personne.
  • Saumur

    Fontevraud, le plus vaste ensemble monastique conservé d'Europe, treize hectares et les gisants des Plantagenêt.

    Maine-et-Loire (49) · Deux jours pour la ville et les caves, trois avec les abbayes et le vignoble.
  • Avignon et le Luberon

    L'abbaye de Sénanque, cistercienne, au fond d'un vallon, avec ses champs de lavande en juillet.

    Vaucluse (84) · Deux jours pour Avignon, quatre à cinq avec le Luberon et le mont Ventoux.
  • Besançon

    L'abbaye de Fontenay, à une heure, le plus complet des ensembles cisterciens français, classé au patrimoine mondial.

    Doubs (25) · Deux jours pour la ville et la citadelle, trois avec les reculées du Jura.
  • Rouen

    Jumièges et ses ruines blanches de onze siècles au bord de la Seine, souvent citées parmi les plus belles de France.

    Seine-Maritime (76) · Un jour pour le centre historique, deux avec les musées et la côte des Deux-Amants.
  • Chantilly

    Royaumont, fondée par Saint Louis, la plus grande abbaye cistercienne d'Île-de-France.

    Oise (60) · Une journée pleine. Deux avec Senlis et la forêt.
  • Vézelay et le Morvan

    La basilique Sainte-Marie-Madeleine, classée au patrimoine mondial, et son tympan roman sculpté vers 1130, au sommet d'une colline qui reste un point de départ vers Compostelle.

    Yonne (89) · Une journée pour Vézelay et Saint-Père, deux ou trois pour y ajouter le Morvan et ses lacs, quatre avec Bibracte.
Le Mont-Saint-Michel et son abbaye vus depuis les grèves à marée basse

Mont-Saint-Michel

Une abbaye millénaire sur un rocher cerné par les plus grandes marées d'Europe continentale.

une journée, idéalement avec une nuit Manche (50)
Château blanc de Saumur dominant les toits d'ardoise et la Loire au petit matin

Saumur

Le château blanc sur la Loire, cent kilomètres de caves troglodytiques et le Cadre noir.

2 à 3 jours Maine-et-Loire (49)
Village perché de pierre dorée dominant des champs de lavande au petit matin

Avignon et le Luberon

Le plus grand palais gothique du monde et les villages perchés du Luberon à quarante minutes.

3 à 5 jours Vaucluse (84)

Lire une abbaye en dix minutes

  • Le cloître

    Le cœur du monastère, qui distribue tous les bâtiments. Ses chapiteaux sculptés, ou leur absence chez les cisterciens, disent immédiatement l'ordre auquel appartenait la maison.

  • L'église abbatiale

    Orientée à l'est, souvent sans clocher chez les cisterciens. Chez les bénédictins, elle est le lieu du faste, avec portail sculpté et déambulatoire.

  • La salle capitulaire

    Où la communauté se réunissait chaque jour pour lire un chapitre de la règle. Toujours la pièce la plus soignée après l'église.

  • Le dortoir et le réfectoire

    Leur taille donne la mesure de la communauté. Un dortoir de cent lits signale une abbaye de premier plan à son apogée.

Dormir dans une abbaye

Une pratique ancienne et toujours vivante, qui ne suppose aucune appartenance religieuse.

  • L'hôtellerie monastique

    Une soixantaine de communautés accueillent encore des hôtes, souvent en participation libre ou à tarif modique, en échange du respect du silence et des horaires.

  • Les abbayes hôtelières

    Fontevraud, La Bussière ou Sainte-Croix ont été transformées en hôtels, sans vie monastique, avec un confort classique et des tarifs élevés.

  • Les gîtes et centres culturels

    Royaumont, Noirlac ou Sylvanès accueillent des résidences, des concerts et des séjours, dans un entre-deux entre monument et lieu de vie.

  • Réserver longtemps à l'avance

    Les hôtelleries monastiques comptent peu de chambres et affichent souvent complet plusieurs mois avant, notamment aux périodes de retraite.

Le calendrier des abbayes

Une abbaye se visite toute l'année, mais chacune a son moment : une floraison, une marée, un festival installé dans l'abbatiale, un office chanté. Ce calendrier croise les grands ensembles de la sélection avec quelques maisons qui n'y figurent pas, comme La Chaise-Dieu, à une quarantaine de kilomètres au nord du Puy-en-Velay, ou Solesmes, dans la Sarthe.

Beaucoup de ces rendez-vous sont musicaux : conçues pour le chant, les abbatiales offrent une acoustique recherchée par les ensembles de musique ancienne et sacrée. Les programmes paraissent plusieurs mois à l'avance, et les concerts les plus demandés affichent complet bien avant l'été ; notre sélection de festivals complète ce calendrier.

PériodeOù allerCe que l'on y trouveÀ savoir
Janvier à marsAbbaye du Mont-Saint-MichelLa Merveille sans les files d'attente de l'été, un tarif de basse saison moins élevé et, en mars, les grandes marées d'équinoxe qui encerclent le rocherNe traversez jamais la baie à pied sans guide, et consultez l'horaire des marées la veille
Avril et maiFontenay, en Côte-d'OrLe vallon boisé en pleine verdure, les jardins et la forge hydraulique avant l'affluence estivaleWeek-ends de l'Ascension et de la Pentecôte très fréquentés
JuinRoute des abbayes normandes : Jumièges, Saint-Wandrille, Saint-Georges de BoschervilleLes ruines de Jumièges et leur parc au plus vert, les offices chantés de Saint-WandrilleSaint-Wandrille est habitée : seules certaines parties se visitent, avec un guide
Fin juin et juilletLes « trois sœurs » cisterciennes de Provence : Sénanque, Silvacane, Le ThoronetLa lavande en fleur devant Sénanque, des concerts du festival de piano de La Roque-d'Anthéron à Silvacane, les concerts d'été du ThoronetChaleur forte l'après-midi ; à Sénanque, habitée par une communauté, silence et tenue couvrante demandés
Fin aoûtLa Chaise-Dieu, en Haute-LoireLe festival de musique sacrée dans l'abbatiale gothique, près de la Danse macabre peinte au XVe siècleHébergement rare sur place : réservez tôt ou logez au Puy-en-Velay
SeptembreRoyaumont, et de nombreuses abbayes lors des Journées européennes du patrimoineLa saison musicale de Royaumont et, le troisième week-end du mois, l'ouverture exceptionnelle d'espaces habituellement fermésConcerts à réserver dès la parution du programme, files d'attente sur les sites les plus connus pendant les Journées du patrimoine
Octobre et novembreFontevraud, en AnjouLes vignobles et les forêts du Saumurois en couleurs, le musée d'Art moderne ouvert dans l'abbaye en 2021Journées courtes : arrivez dès l'ouverture pour profiter de la lumière
DécembreAbbayes bénédictines habitées, comme SolesmesLes offices de l'Avent et de Noël chantés en grégorien, ouverts à tousCe sont des offices, non des concerts : ni photographie, ni allées et venues

Les dates des festivals et des ouvertures varient d'une année à l'autre : vérifiez-les sur le site de chaque abbaye avant de réserver.

Budget, tenue et règles de visite

Visiter une abbaye coûte peu, y dormir guère plus lorsqu'il s'agit d'une hôtellerie monastique. Les règles à respecter tiennent surtout à la distinction entre monument et lieu habité : dans le second cas, vous êtes l'hôte d'une communauté qui vit, prie et travaille sur place.

  • Les gratuités à connaître

    Dans les monuments gérés par le Centre des monuments nationaux, dont l'abbaye du Mont-Saint-Michel et celle de Cluny, l'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, ainsi que pour les 18 à 25 ans ressortissants de l'Union européenne ou résidant régulièrement en France. À l'abbaye du Mont-Saint-Michel, elle l'est aussi le premier dimanche du mois, de novembre à mars, comme dans plusieurs autres monuments nationaux, et pendant les Journées européennes du patrimoine.

  • L'hôtellerie monastique en pratique

    La demande se fait directement auprès du frère hôtelier ou de la sœur hôtelière, par courriel ou par téléphone. La participation suggérée, souvent de l'ordre de 35 à 60 euros par jour en pension complète, reste indicative : chacun donne selon ses moyens. Les séjours durent en général d'une nuit à une semaine, et les repas se prennent parfois en silence, à l'écoute d'une lecture.

  • Tenue et comportement

    Dans les abbayes habitées, épaules et genoux couverts, téléphone en silencieux et voix basse sont de rigueur, y compris dans les jardins. Les espaces réservés aux moines ou aux moniales, la clôture, restent fermés au public, et le cloître en fait souvent partie : ne franchissez jamais une porte signalée comme privée.

  • Assister aux offices

    Les offices sont ouverts à tous et gratuits ; les vêpres, en fin d'après-midi, sont les plus faciles à intégrer à une visite. Arrivez quelques minutes avant, installez-vous dans la nef et restez jusqu'à la fin. Solesmes, Saint-Wandrille ou Fontgombault, dans l'Indre, perpétuent le chant grégorien, et la plupart des communautés publient leurs horaires en ligne.

  • Visites guidées et accessibilité

    Les visites guidées ouvrent souvent des espaces fermés en visite libre, avec des places limitées : renseignez-vous à l'accueil dès l'arrivée. Les ensembles perchés conviennent mal aux fauteuils roulants : l'abbaye du Mont-Saint-Michel, au sommet du rocher, se gagne par de longs escaliers et reste très difficile d'accès aux personnes à mobilité réduite. Les abbayes de plaine, comme Fontevraud ou Royaumont, sont plus faciles d'accès, au moins en partie. Voyez aussi nos conseils pour voyager à mobilité réduite.

  • Les magasins monastiques

    Les communautés habitées vivent en partie de leur production, vendue dans un magasin à l'entrée : fromage à Cîteaux, confitures, biscuits, bières ou cosmétiques selon les maisons, ainsi que des produits d'autres monastères. C'est la manière la plus directe de soutenir un lieu dont l'église se visite souvent gratuitement.

Les erreurs à éviter

Abbayes et monastères : questions fréquentes

Quelle est la plus belle abbaye de France ?

Fontenay pour la pureté cistercienne et son état de conservation, Fontevraud pour l'ampleur, le Mont-Saint-Michel pour le site, Jumièges pour la beauté de ses ruines. Le choix dépend de ce que l'on cherche : architecture intacte, échelle ou romantisme.

Peut-on dormir dans une abbaye ?

Oui. Une soixantaine de communautés disposent encore d'une hôtellerie ouverte à tous, sans condition religieuse, souvent en participation libre. D'autres abbayes ont été converties en hôtels classiques, à des tarifs bien plus élevés.

Les abbayes sont-elles payantes ?

Les monuments nationaux et les sites restaurés le sont, entre six et treize euros. Les abbayes encore habitées par une communauté proposent souvent l'église en accès libre, seuls le cloître et les bâtiments conventuels étant payants.

Quelle est la différence entre une abbaye, un monastère et un prieuré ?

Le monastère désigne tout lieu où vit une communauté de moines ou de moniales. L'abbaye est un monastère autonome, gouverné par un abbé ou une abbesse, le plus souvent élu par la communauté. Le prieuré, dirigé par un prieur, dépend en général d'une abbaye mère : c'est ce modèle qui a permis à Cluny de fédérer un vaste réseau de maisons dans toute l'Europe.

Que reste-t-il aujourd'hui de l'abbaye de Cluny ?

Une petite partie seulement. L'abbatiale, commencée en 1088, fut la plus grande église de la chrétienté jusqu'à la reconstruction de Saint-Pierre de Rome, avant d'être vendue à la Révolution puis exploitée comme carrière au début du XIXe siècle. Il en subsiste notamment un bras du grand transept, surmonté du clocher de l'Eau-Bénite, ainsi que des bâtiments conventuels du XVIIIe siècle occupés par une école d'ingénieurs. Des reconstitutions numériques aident à mesurer l'ampleur disparue.

Quelles abbayes visiter en Occitanie ?

Moissac, dans le Tarn-et-Garonne, pour son cloître roman achevé vers 1100 et le tympan sculpté de son portail. Conques, en Aveyron, pour l'abbatiale Sainte-Foy, son trésor d'orfèvrerie et ses vitraux de Pierre Soulages. Plus au sud, l'abbaye cistercienne de Fontfroide se cache dans les Corbières près de Narbonne, et Saint-Martin-du-Canigou se mérite par une montée à pied depuis Casteil.

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Par La rédaction de Gueule d'Hexagone